Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
l’exprimer par des mots. » Richard Stallman, quant à lui, définit
le hacker par son « ingéniosité espiègle » 2 .
Quelle que soit l’étendue de la définition, la plupart des hackers
modernes font remonter son origine au MIT, où le terme s’imposa
dans le jargon étudiant au début des années 1950. En 1990, le
musée du MIT publia un journal traitant du phénomène hacker.
D’après ce document, les étudiants de l’institut utilisaient à cette
époque le mot hack dans le sens de « blague » ou « bricole » 3 . Suspendre un vieux tacot à une fenêtre de dortoir était un hack, mais
toute farce plus dure ou malveillante, comme bombarder d’œufs
les fenêtres d’un bâtiment rival ou dégrader une statue du campus, dépassait ce cadre. La définition du hack laissait transparaître
implicitement un esprit d’amusement inoffensif et créatif.
Cet état d’esprit allait inspirer le gérondif hacking, d’où provient le verbe « hacker », en français. Un étudiant de 1950 qui
aurait passé une bonne partie de son après-midi au téléphone ou à
démonter une radio aurait pu qualifier son activité de hacking. Là
encore, en français, on pourrait employer les verbes « bricoler »,
« bidouiller »» pour décrire la même activité 4 .
Les années 1950 avançant, le mot hack acquit un sens plus
précis, plus rebelle. Le MIT était à cet époque extrêmement compétitif, et le hacking s’imposa à la fois comme une réaction et une
extension à cette culture de compétition. Farces et blagues étaient
soudain devenues une façon de relâcher la pression, de faire un pied
de nez à l’administration du campus et de laisser libre cours à son
esprit et à son comportement créatifs, que le rigoureux programme
de l’Institut étouffait.
2. Playful cleverness, en anglais — NdT.
3. Dans la version originale, on donne comme équivalent en argot étudiant
américain moderne le terme goof — NdT.
4. Dans le texte original : goofing ou goofing off — NdT.
302
Précédent

- 325/358

Suivant