Épilogue de Sam Williams : une écrasante solitude
partager le code a un rapport avec l’amitié, mais à un niveau bien
moindre », dit-il. Plus tard, cependant, quand le sujet refit surface, il admit que la solitude, ou la crainte de la solitude éternelle,
avait joué un rôle majeur comme moteur de sa motivation durant
les premiers jours du Projet GNU.
Je parlais de solitude au niveau communautaire, de hacker à
hacker.
« Ma fascination pour les ordinateurs n’est la conséquence de
rien d’autre. Je n’aurais pas été moins fasciné par eux, même si
j’avais été populaire et que les femmes s’étaient attroupées autour
de moi. Cependant, il est vrai que le fait de ne pas avoir de chezmoi, d’en trouver un et de le perdre, d’en trouver une autre pour la
voir détruite, m’a profondément affecté. Celle que j’ai perdue, c’est
le dortoir, celle qui a été détruite, c’est le AI Lab. Le sentiment
de précarité induit par le fait de ne me sentir chez moi nulle part,
de ne pas avoir de communauté, a été très fort. Cela m’a donné
envie de me battre pour retrouver cela. »
Après l’entretien, je ne pus m’empêcher d’éprouver une certaine proximité émotionnelle. En entendant Sarah décrire ce qui
l’avait attirée vers Stallman, et en entendant l’homme décrire luimême les sentiments qui l’avaient entraîné à défendre la cause du
logiciel libre, j’étais ramené à mes propres motivations présidant
à l’écriture de ce livre. Depuis juillet 2000, j’ai appris à apprécier tant les aspects séduisants que repoussants de la personne
de Richard Stallman. Comme Eben Moglen avant moi, je sentis
qu’abaisser cette personne au rang d’épiphénomène ou d’élément
perturbateur à l’intérieur du mouvement global du logiciel libre
serait une grave erreur. À de nombreux égards, les deux se définissaient mutuellement à tel point qu’ils en devenaient indissociables.
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