Une histoire d'imprimante
Pour Stallman, c’était là une trahison pure et simple de
l’éthique du programmeur. Au lieu d’honorer l’idéal de partage
entre pairs, Reid initiait une pratique contraire : celle, pour
les entreprises, de forcer les programmeurs à payer l’accès à
l’information. Stallman, qui n’utilisait guère Scribe, n’en fit pas
grand cas sur le moment. Unilogic en avait donné un exemplaire
gratuit au AI Lab sans en retirer la « bombe à retardement »,
ni en faire mention. Le programme avait donc fonctionné un moment, puis s’était bloqué du jour au lendemain. Un autre hacker,
Howard Cannon, passa des heures à le déboguer avant de trouver
la « bombe » et de la supprimer en corrigeant le logiciel. Révolté,
il ne manqua pas de se plaindre auprès de ses collègues de la manière dont Unilogic lui avait fait perdre son temps avec une erreur
intentionnelle.
Quelques mois après, c’est avec l’épisode de Scribe en tête que
Stallman, à l’occasion d’une visite professionnelle au campus de
Carnegie Mellon, rendit visite à la personne censée détenir le code
source du pilote de l’imprimante. Par chance, l’homme était à
son bureau. Comme toute conversation entre ingénieurs, celle-ci
fut cordiale mais directe. Après s’être brièvement présenté comme
venant du MIT, Stallman demanda une copie du code source du
pilote de l’imprimante afin de le modifier. À sa grande déception,
le chercheur refusa. « Il m’a expliqué qu’il s’était engagé à ne pas
en donner de copie », précise Stallman.
La mémoire humaine est étrange. Vingt ans après les faits,
l’enregistrement mental de Stallman comporte quelques blancs.
Non seulement ne se souvient-il ni des raisons motivant ce voyage,
ni de la période de l’année, mais encore a-t-il oublié le nom de son
interlocuteur. Selon Reid, la personne la plus susceptible d’avoir
reçu Stallman est Robert F. Sproull, ancien chercheur au Xerox
PARC et actuel directeur de Sun Laboratories, une division de
recherche et développement du conglomérat informatique Sun Microsystems. Dans les années 1970, ce chercheur avait été au Xerox
9
Pour Stallman, c’était là une trahison pure et simple de
l’éthique du programmeur. Au lieu d’honorer l’idéal de partage
entre pairs, Reid initiait une pratique contraire : celle, pour
les entreprises, de forcer les programmeurs à payer l’accès à
l’information. Stallman, qui n’utilisait guère Scribe, n’en fit pas
grand cas sur le moment. Unilogic en avait donné un exemplaire
gratuit au AI Lab sans en retirer la « bombe à retardement »,
ni en faire mention. Le programme avait donc fonctionné un moment, puis s’était bloqué du jour au lendemain. Un autre hacker,
Howard Cannon, passa des heures à le déboguer avant de trouver
la « bombe » et de la supprimer en corrigeant le logiciel. Révolté,
il ne manqua pas de se plaindre auprès de ses collègues de la manière dont Unilogic lui avait fait perdre son temps avec une erreur
intentionnelle.
Quelques mois après, c’est avec l’épisode de Scribe en tête que
Stallman, à l’occasion d’une visite professionnelle au campus de
Carnegie Mellon, rendit visite à la personne censée détenir le code
source du pilote de l’imprimante. Par chance, l’homme était à
son bureau. Comme toute conversation entre ingénieurs, celle-ci
fut cordiale mais directe. Après s’être brièvement présenté comme
venant du MIT, Stallman demanda une copie du code source du
pilote de l’imprimante afin de le modifier. À sa grande déception,
le chercheur refusa. « Il m’a expliqué qu’il s’était engagé à ne pas
en donner de copie », précise Stallman.
La mémoire humaine est étrange. Vingt ans après les faits,
l’enregistrement mental de Stallman comporte quelques blancs.
Non seulement ne se souvient-il ni des raisons motivant ce voyage,
ni de la période de l’année, mais encore a-t-il oublié le nom de son
interlocuteur. Selon Reid, la personne la plus susceptible d’avoir
reçu Stallman est Robert F. Sproull, ancien chercheur au Xerox
PARC et actuel directeur de Sun Laboratories, une division de
recherche et développement du conglomérat informatique Sun Microsystems. Dans les années 1970, ce chercheur avait été au Xerox
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