Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
Thurgood Marshall était un homme intégré dans la société, représentant certes un peuple exclu par la société même dont il
faisait partie, mais quand même un homme intégré dans la société. Son talent était un talent social. Cependant il était d’une
intégrité absolue. La personne avec qui je le compare désormais le
plus sur ce point, c’est Stallman, aussi différents soient-ils à tout
autre égard : intègre, compact, fait de la substance qui compose
les étoiles, jusqu’au-boutiste. »
Dans un effort pour donner corps à cette image, Moglen se
remémore un moment qu’ils partagèrent au printemps 2000. Le
succès du rachat de VA Linux résonnait toujours dans le milieu des
affaires, et une demi-douzaine de numéros dédiés au logiciel libre
faisaient la Une des gazettes. Cerné par cet ouragan d’articles et
de récits, chacun appelant à des commentaires, Moglen se souvient
avoir déjeuné avec Stallman et s’être senti comme un réfugié dans
l’œil du cyclone. Durant l’heure suivante, dit-il, la conversation
n’avait tranquillement porté que sur un seul point : le renforcement
de la GPL.
« Nous étions assis là, à parler de ce que nous allions faire à
propos de problèmes en Europe de l’Est, et de la réaction à avoir
lorsque les questions relatives à la propriété de contenu commenceraient à toucher le logiciel libre, se souvient Moglen. Alors que
nous parlions, j’imaginai un instant à quoi nous pouvions ressembler aux yeux des passants. Nous voilà, deux petits barbus anarchistes, à comploter et à planifier les prochaines étapes. Et, bien
sûr, Richard était en train de défaire des nœuds dans ses cheveux,
se comportant à sa manière habituelle. Quiconque aurait écouté
notre conversation nous aurait pensé fous, mais je savais… je savais
que la révolution était là, à cette table. Elle se jouait à cette table,
et l’homme qui la menait était devant moi. »
Pour Moglen, ce moment-là plus que tout autre mettait en lumière la simplicité fondamentale du style de Stallman. « C’était
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