Une histoire d'imprimante
la vieille imprimante, celle-ci était rapide. Les pages défilaient au
rythme d’une par seconde : un travail d’impression de vingt minutes n’en durait plus que deux. Et l’ensemble était plus précis :
les cercles ressemblaient à des cercles, pas à des ovales ; les lignes
droites étaient véritablement droites, fort éloignées des anciennes
sinusoïdes de faible amplitude.
C’était, à tout point de vue, un cadeau impossible à refuser.
C’est à l’usage que les défauts de la machine firent surface, en
particulier une certaine propension aux bourrages papier. Les programmeurs, ingénieurs dans l’âme, devaient rapidement en comprendre la raison : comme tout photocopieur, la machine réclamait
une surveillance humaine. Stipulant qu’un opérateur humain serait
toujours disponible pour réparer ces incidents s’ils se produisaient,
les ingénieurs de Xerox avaient investi temps et énergie à résoudre
d’autres problèmes. En théorie, la diligence des utilisateurs faisait
partie intégrante du système.
La transformation d’un photocopieur en imprimante avait subtilement mais profondément changé le rapport entre l’utilisateur
et la machine. Autrefois dépendant d’un seul opérateur humain,
le bon fonctionnement de l’appareil relevait désormais de tout un
ensemble d’opérateurs en réseau. Ce n’était plus un seul utilisateur posté à proximité qui envoyait sa commande d’impression,
mais un utilisateur situé à l’autre extrémité du réseau. À lui de se
déplacer pour constater le peu de pages finalement imprimées.
Stallman n’était bien sûr pas le seul locataire du AI Lab à
connaître le problème, mais c’est lui qui trouva un remède. Des
années plus tôt, il avait résolu un problème similaire en modifiant
le logiciel qui pilotait l’ancienne imprimante depuis un petit PDP11, ainsi que le système ITS (Incompatible Timesharing System)
3
Précédent

- 26/358

Suivant