Genèse de la Licence publique générale de GNU (GNU GPL)
En 1994, le système ainsi constitué avait obtenu une large reconnaissance de la part du monde des hackers. Au point que certains observateurs du monde commercial se demandaient si Torvalds n’avait pas laissé s’échapper la poule aux œufs d’or en optant
pour la GPL durant les premiers mois du projet. Dans le premier
numéro de Linux Journal, l’éditeur Robert Young s’entretenait
avec Torvalds. Quand il demanda au programmeur finlandais si
celui-ci regrettait d’avoir abandonné la propriété exclusive du code
source, Torvalds répondit que non. « Même rétrospectivement »,
Torvalds dit qu’il considérait la GPL « comme l’une des meilleures
décisions de conception » qu’il adopta durant les premières phases
du projet Linux. 38
Que la décision ait été prise sans aucun appel ni déférence envers Stallman ou la FSF illustrait la transposabilité grandissante
de la GPL. S’il fallut bien deux ans à Stallman pour le reconnaître,
le boom du développement de Linux rappellait celui d’Emacs.
Cette fois, cependant, l’innovation à l’origine de l’explosion n’était
pas un hack logiciel comme Control-R, mais la possibilité inédite
de faire fonctionner un système à la Unix sur une architecture PC.
Les motivations étaient différentes, sans doute, mais le résultat final convenait très bien à l’éthique du logiciel libre : une distribution logicielle complète et fonctionnelle, entièrement composée de
logiciels libres.
Comme l’indique son message initial au groupe de discussion
comp.os.minix, il fallut plusieurs mois avant que Torvalds considère Linux comme étant plus qu’un simple substitut provisoire au
noyau Hurd, sur lequel œuvraient les développeurs GNU. Torvalds
ne se voyait que comme dernier exemple en date de ces gamins
s’amusant à démonter et réassembler tout un tas de choses. Malgré tout, résumant le succès fulgurant d’un projet qui aurait pu
38. Young, 1994
201
Précédent

- 224/358

Suivant