Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
contribuer sans concertation préalable, dit Abelson. Je ne sais pas
si cela avait jamais été réalisé auparavant. » 12 .
Guy Steele est tout aussi admiratif. Actuellement chercheur
pour Sun Microsystems, il se souvient surtout de Stallman comme
« [d’]un programmeur génial qui possède le talent de générer du
code relativement dénué de bogues ». Bien que dotés de personnalités assez différentes, tous deux collaborèrent assez longtemps
pour que Steele se fasse une idée du style de code très pointilleux
que produisait Stallman. Il se souvient à ce titre d’un épisode marquant, à la fin des années 1970. Les deux programmeurs faisaient
équipe pour rédiger la fonction pretty print (« belle impression »)
de l’éditeur. À l’origine conçue par Steele, cette nouvelle propriété
de frappe reformatait le code source d’Emacs de façon à ce qu’il
soit plus lisible et moins volumineux, tout en mettant en évidence
les qualités wysiwyg du programme. Une fonction suffisamment
stratégique pour susciter un vif intérêt chez Stallman. Il fallut peu
de temps pour que Steele annonçât que tous deux en préparaient
une version améliorée.
« Nous nous sommes assis un matin, se rappelle Steele. J’étais
au clavier et lui à mes côtés. Il était tout à fait d’accord pour me
12. En écrivant ce chapitre, j’ai été amené à insister davantage sur la dimension sociale d’Emacs que sur son aspect logiciel. Pour en savoir plus sur la
partie logicielle, je recommande la lecture du mémo de 1979, réécrit en 1981,
et tout particulièrement la section intitulée « Research Through Development
of Installed Tools ». Non seulement cette partie est intelligible pour un non
spécialiste, mais elle illustre aussi la manière dont pensée politique et conception de logiciels se mêlent intimement, chez Stallman. En voici un exemple :
« On ne serait pas parvenu à créer Emacs à partir d’un plan initial, soigneusement élaboré. Un tel plan ne peut être défini qu’à partir des souhaits formulés
avant que le projet ne soit entamé, des souhaits qui pourront à terme ne recouvrir que très peu les besoins auxquels on fera finalement face. Ni moi ni
personne n’avions imaginé un éditeur extensible jusqu’à ce que j’en crée un, et
personne n’avait non plus mesuré sa valeur jusqu’à ce qu’on puisse l’essayer.
Emacs existe parce que je me sentais libre de faire individuellement de petites
améliorations utiles en suivant un chemin dont on ne voyait pas le bout. »
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