Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
Ceux qui interprétaient ce petit discours comme une parodie
littérale des audiences du Watergate ne comprenaient que la moitié du message. Pour Stallman, seuls ses camarades hackers semblaient comprendre l’autre moitié. Cent ans après que Lord Acton 17 eut averti que le pouvoir absolu corrompait absolument, les
Américains semblaient avoir oublié le fondement de son truisme :
le pouvoir, lui-même, corrompt. Plutôt que souligner de multiples
exemples de corruption mineurs, Stallman préférait s’indigner d’un
système entier qui, de façon inhérente, faisait confiance au pouvoir.
« Je me suis demandé : pourquoi m’arrêter au menu fretin ?,
dit-il, se souvenant du badge et de son message. Si nous y allons
contre Nixon, pourquoi ne pas y aller contre Mr. Big 18 ? Telles
que je vois les choses, tout être ayant du pouvoir et qui en abuse,
mérite qu’il lui soit retiré. »
17. Lord Acton (John Emerich Edward Dalberg, 1834-1890), historien et
homme politique britannique. Penseur libéral, il concevait l’histoire humaine
comme un progrès général vers toujours davantage de liberté. Selon lui, la
défense de cette liberté est un devoir moral. Il voyait en revanche le pouvoir
politique comme un pouvoir de commandement qui n’engage pas la responsabilité de celui qui commande — cette responsabilité, en démocratie, revenant
au peuple et à la justice. Ainsi, logiquement, place est faite à la corruption
dans la sphère du pouvoir politique et, dans le cas de l’absolutisme (plus aucune responsabilité nulle part puisque le pouvoir est concentré sur un seul) la
corruption est d’autant plus grande — NdT.
18. En anglais, l'appellation Mr Big désigne le chef d'une mafia.
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