Intro duc tIon
à la recherche
opé ra tIon nelle
À pre mière vue, la recherche opé ra tion nelle est un ensemble de tech niques récentes,
datant tout au plus de la Seconde Guerre mon diale. Et, en fait, c’est bien à son appli
ca tion aux opé ra tions mili taires qu’elle doit son nom.
En réa lité, elle est bien plus ancienne, car, dès le xvii
e
siècle, Blaise Pas cal et
Pierre de Fermat, inven teurs de la notion d’espé rance mathéma tique (1654), cherc haient, sui vis de peu par Jacques Bernoulli puis Waldegrave, à résoudre des pro
blèmes de déci sion dans l’incer tain. Avant la fin de l’ancien régime, Gaspard Monge
s’était pro posé et avait résolu ana ly ti que ment un pro blème éco no mique de nature
com bi na toire : celui des déblais et rem blais (1776). Sous la monar chie de Juillet,
Augustin Cournot s’était atta qué à la théo rie mathéma tique des richesses (1838),
deve nant ainsi le pré cur seur de l’éco no mé trie. Au début du xx
e
siècle, Emile Borel
intro dui sait la théo rie mathéma tique des jeux, sous sa forme moderne, à l’Aca dé mie
des Sciences (19211925), tan dis qu’Erlang fon dait celle des files d’attente, qu’il uti
li sait à la concep tion des réseaux télé pho niques (1917). Enfin, à la veille de la guerre
19391945, Leonid Kantorovitch conce vait et appli quait la pro gram ma tion linéaire
à la pla ni fi ca tion, peu après que Dénes König eut sys té ma tisé les graphes (1936).
On peut donc dire que, lorsque le phy si cien anglais Patrick Blackett fut, en 1940,
appelé à diri ger la pre mière équipe de chercheurs opé ra tion nels, d’illustres devan
ciers l’avaient pré cédé. Cepen dant, Blackett eut l’immense mérite de trou ver, notam
ment, l’orga ni sa tion lui per met tant de trai ter rapi de ment et avec suc cès les dif fi ciles
ques tions telles que l’implan ta tion opti male des radars de sur veillance des côtes bri
tan niques ou encore de la pro tec tion des convois de navires mar chands reliant la
Grande Bretagne et les ÉtatsUnis, qui devaient jouer un rôle déter mi nant dans la
bataille d’Angleterre. L’effi ca cité de son entre prise était due aux trois faits sui vants :
l’équipe qu’il avait ras sem blée était très hété ro gène (autre ment dit elle ras sem blait
des com pé tences variées, com plé men taires ; ainsi, les points de vue qu’elle expri mait
étaient plus per ti nents) ; aucune infor ma tion (même secrète) ne fut jugée trop noble
à la recherche
opé ra tIon nelle
À pre mière vue, la recherche opé ra tion nelle est un ensemble de tech niques récentes,
datant tout au plus de la Seconde Guerre mon diale. Et, en fait, c’est bien à son appli
ca tion aux opé ra tions mili taires qu’elle doit son nom.
En réa lité, elle est bien plus ancienne, car, dès le xvii
e
siècle, Blaise Pas cal et
Pierre de Fermat, inven teurs de la notion d’espé rance mathéma tique (1654), cherc haient, sui vis de peu par Jacques Bernoulli puis Waldegrave, à résoudre des pro
blèmes de déci sion dans l’incer tain. Avant la fin de l’ancien régime, Gaspard Monge
s’était pro posé et avait résolu ana ly ti que ment un pro blème éco no mique de nature
com bi na toire : celui des déblais et rem blais (1776). Sous la monar chie de Juillet,
Augustin Cournot s’était atta qué à la théo rie mathéma tique des richesses (1838),
deve nant ainsi le pré cur seur de l’éco no mé trie. Au début du xx
e
siècle, Emile Borel
intro dui sait la théo rie mathéma tique des jeux, sous sa forme moderne, à l’Aca dé mie
des Sciences (19211925), tan dis qu’Erlang fon dait celle des files d’attente, qu’il uti
li sait à la concep tion des réseaux télé pho niques (1917). Enfin, à la veille de la guerre
19391945, Leonid Kantorovitch conce vait et appli quait la pro gram ma tion linéaire
à la pla ni fi ca tion, peu après que Dénes König eut sys té ma tisé les graphes (1936).
On peut donc dire que, lorsque le phy si cien anglais Patrick Blackett fut, en 1940,
appelé à diri ger la pre mière équipe de chercheurs opé ra tion nels, d’illustres devan
ciers l’avaient pré cédé. Cepen dant, Blackett eut l’immense mérite de trou ver, notam
ment, l’orga ni sa tion lui per met tant de trai ter rapi de ment et avec suc cès les dif fi ciles
ques tions telles que l’implan ta tion opti male des radars de sur veillance des côtes bri
tan niques ou encore de la pro tec tion des convois de navires mar chands reliant la
Grande Bretagne et les ÉtatsUnis, qui devaient jouer un rôle déter mi nant dans la
bataille d’Angleterre. L’effi ca cité de son entre prise était due aux trois faits sui vants :
l’équipe qu’il avait ras sem blée était très hété ro gène (autre ment dit elle ras sem blait
des com pé tences variées, com plé men taires ; ainsi, les points de vue qu’elle expri mait
étaient plus per ti nents) ; aucune infor ma tion (même secrète) ne fut jugée trop noble
