Susceptibilité individuelle et toxicité de la radiothérapie 117
sain in vivo, c’est-à-dire les effets secondaires précoces ou tardifs à la radiothérapie. Pour évaluer la radiosensibilité des fibroblastes in vitro, ces études ont
utilisé le test de clonogénicité, qui permet de déterminer la perte de capacité
de prolifération des cellules après irradiation. Ainsi, la plupart de ces études
ont pu établir une corrélation significative entre les deux paramètres. Cependant, l’utilisation du test de clonogénicité se révèle être laborieuse surtout en
termes de temps dédié et de nécessité d’un personnel qualifié. Son utilisation
en routine clinique est donc difficilement envisageable. De plus, les résultats
n’ont pu être reproduits sur de plus grandes cohortes de patients lors d’essais
randomisés quelques années plus tard [6, 7]. Les conclusions similaires des
premières études sont en fait un artéfact  : ces dernières n’ont en réalité pas
testé les mêmes hypothèses et ne peuvent donc être comparées. Le protocole
exact des tests, les paramètres cliniques et l’analyse statistique variaient selon
les études [8]. D’autres approches ont alors été utilisées, notamment la mesure
de l’induction et des réparations des dommages ADN radioinduites avec le test
des comètes [9] ou le test de formation des micronoyaux [10] qui nécessitent
tous deux fois moins de temps et moins de cellules. Cependant, ces premiers
résultats encourageants n’ont pu être confirmés lors d’études prospectives sur
de plus larges cohortes de patients [8].
Les lymphocytes présentent plusieurs avantages comparés aux fibroblastes :
ils peuvent être prélevés facilement et en grande quantité, leur manutention
est simple, les résultats peuvent être obtenus rapidement et ils présentent
une importante sensibilité aux rayonnements. Pour toutes ces raisons, de
nombreuses études ont également utilisé ce type de cellules afin de mettre au
point un test prédictif de la radiosensibilité des tissus sains. Dans un premier
temps, un certain nombre d’entre elles ont appliqué les mêmes méthodes
de mesure de la radiosensibilité que pour les fibroblastes : test de clonogénicité [11], détection des aberrations chromosomiques [12] ou formation
des micronoyaux [13, 14]. Cependant, bien que ces approches apportent
des éléments supplémentaires aux premiers tests sur les fibroblastes, notamment en termes de rapidité d’exécution, elles restent difficiles à mettre en
place en routine clinique et aucune n’est actuellement utilisée. À la fin des
p
années 1990, une équipe a proposé pour la première fois un nouveau test
basé sur l’apoptose lymphocytaire [15]. L’apoptose est une forme de mort
cellulaire radio-induite dont l’importance dépend plus du type cellulaire que
de la dose délivrée. Elle est, par exemple, fréquemment observée dans les
cellules pour lesquelles elle joue un rôle physiologique important, comme
les lymphocytes. Cette réponse est rapide, se développant en 6 à 72 heures
après l’irradiation. La même équipe a par la suite confirmé ses résultats préliminaires et a pu démontrer une corrélation entre le taux d’apoptose lymphocytaire radio-induite (TALRI) et le grade de radiotoxicité tardive [16, 17].
En effet, toutes les personnes avec un TALRI élevé n’ont pas développé de
toxicité tardive de grade élevé alors que toutes les personnes présentant des
séquelles tardives avaient un TALRI bas.
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