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Entretien Gérard Malengé
• 147 •
• Entretien avec Gérard Malengé
Gérard Malengé est ingénieur économiste et expert dans la conception et la mise en service d’ ouvrages
de production électrique (nucléaire, thermique, hydraulique et renouvelable). Après 40 années sur le terrain,
notamment ces 17 dernières années sur les grands projets électriques africains, Gérard Malengé développe
dans cet entretien un regard sur les dynamiques en cours, le besoin d’avoir une approche régionale pour
certains projets, la place de l’hydraulique dans le contexte plus large énergie et agriculture, les interconnections
et les opportunités de l’éolien ou du solaire dans certaines régions de l’Afrique.
• L’approche régionale, une clé pour le développement
« L’électrification de l’Afrique est handicapée par le morcellement du continent en 54 pays, souligne
Gérard Malengé. Ainsi, il n’y a pas assez de demande dans la plupart des pays pour des grandes unités de
production avec des économies d’échelle et des coûts compétitifs. Il faut donc penser le développement
énergétique en terme de régions, plutôt que de pays ».
Les projets régionaux d’envergure peuvent être intéressants pour l’ensemble des pays d’une région.
Prenons l’exemple de la Côte d’Ivoire et du Ghana. En Côte d’Ivoire, l’exploitant de la centrale d’Azito a décidé
d’augmenter la puissance de la centrale, à 500 MW (cycle combiné par adjonction d’une turbine vapeur) au
lieu des 300 MW initiaux. Le pays bénéficie alors d’une production plus importante et d’un coût de revient
moyen plus faible (car le coût d’ exploitation marginal est négligeable). La Côte d’Ivoire dispose ainsi d’ électricité
disponible pour l’ exportation et le Ghana peut importer de l’ énergie, dont il a besoin. Tout le monde est gagnant.
Les grands projets régionaux existent, exemple Inga en RDC. Mais après la construction d’Inga I et
d’Inga II, la RDC s’est retrouvée à produire trop d’énergie. Pour vendre cette électricité, l’Etat a baissé les tarifs.
Comme il n’y avait pas assez de consommation, on a incité la population à consommer plus (exemple :
cuisinières électriques à Kinshasa). Suite aux crises économiques, les familles ne payent pas toutes leur
électricité malgré les tarifs très bas. La société nationale d’électricité (SNEL) est perpétuellement dans le rouge
ce qui ne permet l’entretien des barrages dont Inga 1 et 2.
M. Malengé a participé en tant qu’ expert à la reprise du projet Inga, en charge du dimensionnement des
unités et barrages. Il a été décidé de faire un barrage à étages, en commençant par un barrage bas niveau, et sans
barrer le Zaïre, pour une capacité de 4800 MW dont 2400 MW sont destinés à l’Afrique du Sud et 2400 MW pour la
RDC. La moitié de l’ électricité, prévue pour l’ exportation, est envoyée à Kolwezi, l’autre moitié de l’ électricité reste en RDC.
On ne parle plus aujourd’hui de « grand Inga » (qui totaliserait 48 000 MW), mais d’Inga 3, 4, 5, 6… On fait
une base, et on ajoute des étages (de 900 MW). Néanmoins, on n’ obtient pas vraiment 900 MW, à cause des pertes.
Selon M. Malengé, l’ensemble RDC plus la Tanzanie aura une population de l’ordre de 250 à 280
millions d’habitants en 2050 et comparable à celle du Nigéria.
Le stockage de l’ électricité permet de rentabiliser différentes ENR en adossant le solaire à l’hydraulique
et préserver l’eau.
Le solaire photovoltaïque associé à l’hydraulique pour le stockage représente la solution la moins
chère (exemple : au Ghana ou au Togo/Bénin). Mais il y a des problèmes :
• Il n’y a pas toujours présence d’eau dans les zones où il y a du soleil (exemple : au Mali). C’est possible
au Niger, avec le fleuve Sénégal.
Entretien Gérard Malengé
• 147 •
• Entretien avec Gérard Malengé
Gérard Malengé est ingénieur économiste et expert dans la conception et la mise en service d’ ouvrages
de production électrique (nucléaire, thermique, hydraulique et renouvelable). Après 40 années sur le terrain,
notamment ces 17 dernières années sur les grands projets électriques africains, Gérard Malengé développe
dans cet entretien un regard sur les dynamiques en cours, le besoin d’avoir une approche régionale pour
certains projets, la place de l’hydraulique dans le contexte plus large énergie et agriculture, les interconnections
et les opportunités de l’éolien ou du solaire dans certaines régions de l’Afrique.
• L’approche régionale, une clé pour le développement
« L’électrification de l’Afrique est handicapée par le morcellement du continent en 54 pays, souligne
Gérard Malengé. Ainsi, il n’y a pas assez de demande dans la plupart des pays pour des grandes unités de
production avec des économies d’échelle et des coûts compétitifs. Il faut donc penser le développement
énergétique en terme de régions, plutôt que de pays ».
Les projets régionaux d’envergure peuvent être intéressants pour l’ensemble des pays d’une région.
Prenons l’exemple de la Côte d’Ivoire et du Ghana. En Côte d’Ivoire, l’exploitant de la centrale d’Azito a décidé
d’augmenter la puissance de la centrale, à 500 MW (cycle combiné par adjonction d’une turbine vapeur) au
lieu des 300 MW initiaux. Le pays bénéficie alors d’une production plus importante et d’un coût de revient
moyen plus faible (car le coût d’ exploitation marginal est négligeable). La Côte d’Ivoire dispose ainsi d’ électricité
disponible pour l’ exportation et le Ghana peut importer de l’ énergie, dont il a besoin. Tout le monde est gagnant.
Les grands projets régionaux existent, exemple Inga en RDC. Mais après la construction d’Inga I et
d’Inga II, la RDC s’est retrouvée à produire trop d’énergie. Pour vendre cette électricité, l’Etat a baissé les tarifs.
Comme il n’y avait pas assez de consommation, on a incité la population à consommer plus (exemple :
cuisinières électriques à Kinshasa). Suite aux crises économiques, les familles ne payent pas toutes leur
électricité malgré les tarifs très bas. La société nationale d’électricité (SNEL) est perpétuellement dans le rouge
ce qui ne permet l’entretien des barrages dont Inga 1 et 2.
M. Malengé a participé en tant qu’ expert à la reprise du projet Inga, en charge du dimensionnement des
unités et barrages. Il a été décidé de faire un barrage à étages, en commençant par un barrage bas niveau, et sans
barrer le Zaïre, pour une capacité de 4800 MW dont 2400 MW sont destinés à l’Afrique du Sud et 2400 MW pour la
RDC. La moitié de l’ électricité, prévue pour l’ exportation, est envoyée à Kolwezi, l’autre moitié de l’ électricité reste en RDC.
On ne parle plus aujourd’hui de « grand Inga » (qui totaliserait 48 000 MW), mais d’Inga 3, 4, 5, 6… On fait
une base, et on ajoute des étages (de 900 MW). Néanmoins, on n’ obtient pas vraiment 900 MW, à cause des pertes.
Selon M. Malengé, l’ensemble RDC plus la Tanzanie aura une population de l’ordre de 250 à 280
millions d’habitants en 2050 et comparable à celle du Nigéria.
Le stockage de l’ électricité permet de rentabiliser différentes ENR en adossant le solaire à l’hydraulique
et préserver l’eau.
Le solaire photovoltaïque associé à l’hydraulique pour le stockage représente la solution la moins
chère (exemple : au Ghana ou au Togo/Bénin). Mais il y a des problèmes :
• Il n’y a pas toujours présence d’eau dans les zones où il y a du soleil (exemple : au Mali). C’est possible
au Niger, avec le fleuve Sénégal.
