adea
L’Énergie en Afrique à l’horizon 2050
• 142 •
• Entretien avec Philippe Hugon
Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Iris (Institut de Relations Internationales et Stratégiques)
Professeur des universités en Sciences économiques de l’université de Paris X, fin connaisseur de la
géopolitique du continent africain, Philippe Hugon a rédigé plusieurs ouvrages de référence sur l’Afrique. Il
est régulièrement interrogé par les médias, notamment sur les ondes de RFI et de France-Inter.
• Regards prospectifs
2050 est un horizon suffisamment lointain pour une prise en compte de scénarios volontaristes, qui
permettent d’amorcer des virages, de conduire des alternatives. Les points d’inflexion sont multiples – percées
technologiques, plans d’investissements massifs, tournants démographiques, l’investissement dans
l’éducation, les coopérations renforcées, pour n’en citer que quelques- uns.
Afin de cerner ces potentialités, risques et opportunités, nous avons consulté plusieurs personnalités
expertes des réalités socio-économiques, politiques et énergétiques du continent africain, à commencer par
le professeur Philippe Hugon.
• La prospective dans un monde de risques et d’incertitudes
L’ environnement énergétique est très incertain. Les incertitudes sont mondiales, régionales et africaines.
Les incertitudes englobent aussi le modèle énergétique choisi : celui qu’ ont mis en place les pays développés
d’aujourd’hui ou un autre modèle ? Il faut donc raisonner pour la prospective en termes de ruptures de tendances.
On raisonne dans un monde rempli d’incertitudes. Il y a des tendances que l’on peut distinguer par
effet d’inertie. Par exemple, lorsque l’on construit une infrastructure comme une centrale hydraulique, on sait
quelle sera l’offre fournie par la centrale dans 30 ans.
Dans d’autres domaines, c’ est plus flou. Par exemple, la part des énergies renouvelables, ou la capacité
à stocker de l’ énergie. On peut aussi se poser des questions sur la certitude du modèle énergétique « carboné ».
Le modèle énergétique à instaurer devrait plutôt être celui de l’accessibilité ou de transitions.
Philippe Hugon a sélectionné plusieurs dimensions qui seront particulièrement importantes sur les
dynamiques d’ici 2050 en Afrique.
• La démographie et les migrations
« Il n’y a pas une seule Afrique : l’Afrique est plurielle », souligne Philippe Hugon.
Il existe une Afrique sous-peuplée (Soudan, RDC, Angola…) et une Afrique surpeuplée (Burundi,
Rwanda, plateaux malgaches, Comores…). Ces différences créent des mouvements migratoires : des pays
surpeuplés vers les pays sous-peuplés, ou vers l’Europe. Les flux migratoires sont majoritairement des flux
entre pays d’Afrique. Il s’agit de migrations internationales mais intra-africaines. Il faut différencier les migrations
choisies et les migrations forcées (conflits, catastrophes « avec » dans certains cas les réfugiés, les déplacés....). Il
faut également prendre en compte les migrations transfrontalières liées à la porosité des frontières.
Les principaux pays d’immigration sont l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, la RDC plus de nombreux
petits pays tels le Gabon. Les pays d’émigration sont en Afrique australe, le Zimbabwe mais également les
pays membres de la SACU et SADCC (exception faite de l’Afrique du Sud). Ce sont en zone UEMOA le Mali, le
Précédent

- 142/160

Suivant