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récemment, la majeure partie du pétrole nigérian était exportée vers les états-Unis, qui après les attentats du
11 Septembre s'étaient fixé comme objectif d'avoir une part de 25 % de pétrole africain dans leurs importations
totales de brut (importations totales à l'époque de l'ordre de 12 Mb/j). Le pétrole africain, proche et de bonne
qualité (léger) était bien adapté au marché américain. Le développement de la production de pétrole de schiste
(LTO - Light Tight Oil) a réduit à très peu ces importations (même situation pour les autres producteurs africains).
Désormais le pétrole du Golfe de Guinée se dirige vers l'Asie.
La production de pétrole a atteint un maximum de 2,44 millions de barils par jour en 2005. La
production a ensuite diminué de 25 % jusqu'en 2009 du fait des attaques réitérées sur les installations
pétrolières, en particulier par les militants du MEND (Mouvement pour l'Emancipation du Delta du Niger). Avec
l'arrivée au pouvoir de Jonathan Goodluck, originaire du Sud et sensible à la situation de la région productrice,
une amnistie est déclarée et la production remonte à 2,4 Mb/j. En 2014 le Nigeria produisait 2,4 millions de
barils de brut et de condensat (un pétrole brut très léger souvent associé à la production de gaz). 2,05 Mb/j
ont été exportés, l'Inde étant désormais le premier importateur (370 000 b/j) et l'Europe restant la première
région importatrice (près d'un million de barils par jour). Les importations américaines qui se montaient à 1
Mb/j en 2005 sont tombées à quelques dizaines de milliers de barils par jour (1 % des importations
américaines contre 10 % il y a dix ans).
L'avenir de la production pétrolière est incertain. De nombreux gisements ont été mis en évidence par
les sociétés pétrolières. La production potentielle des gisements pour lesquels des plans de production ont été
élaborés dépasserait 1,3 Mb/j. Mais leur mise en production a été repoussée dans l'attente du Petroleum
Industry Bill, proposée la première fois au Parlement en 2008, proposée à nouveau en 2012 mais toujours
en attente. Cette loi augmenterait les prélèvements de l'Etat ce qui freine les projets des sociétés pétrolières. La
baisse récente du prix du pétrole est également un autre frein puissant au développement des projets. Autre
facteur d'incertitude : la situation sécuritaire du Delta
La montée en puissance de la société civile : le cas de Shell au Nigeria
Parfaitement en phase avec le processus de mondialisation, de plus en plus d’ONG se mobilisent autour
de questions « éthico-pétrolières », obligeant les compagnies à engager un dialogue avec les
organisations de la société civile. Le cas de Shell au Nigeria a valeur d’exemple pour comprendre ce
nouveau rapport de force entre compagnies pétrolières et société civile.
Au Nigeria, Shell est une institution plus ancienne que l’État lui-même. Sa présence dans le pays remonte
à 1937, lorsque la compagnie (en association avec BP) se voit attribuer le droit exclusif de prospection
par l’administration coloniale. Shell n’est plus, aujourd’hui, en position hégémonique, mais contribue
néanmoins encore pour une part très importante à la production nationale. Pourtant, son implantation
historique dans le pays et la concentration de ses activités dans une région parmi les plus densément
peuplées d’Afrique ont établi un rapport de proximité très fort entre Shell et les communautés locales.
La compagnie symbolise, pour les habitants du delta, l’industrie pétrolière dans son ensemble.
À la fin des années 1980, fleurissent au Nigeria, et particulièrement dans le delta du Niger, des
organisations autonomistes à caractère identitaire. Elles se veulent des mouvements politiques et
écologiques, militant pour l’autonomie régionale et la protection des cultures locales, dénonçant l’iniquité
du partage de la rente pétrolière (dont elles estiment que les populations locales ne profitent pas à leur
juste niveau) et les dégradations de l’environnement causées par l’extraction du pétrole. Parmi ces
mouvements, le MOSOP fut le premier à véritablement articuler son discours, non plus autour de la
question de la redistribution centre-périphérie, mais aussi autour de l’impact environnemental de
l’exploitation pétrolière, réclamant à ce titre d’importantes compensations financières non seulement à
l’État fédéral mais également aux compagnies pétrolières (Shell, Chevron et NNPC). Sous l’impulsion de
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