50
La chimie et le sport
pour toute compétition, quel
qu’en soit l’enjeu.
Si nous avions le même
moteur moléculaire qu’Usain
Bolt sans le désir et le plaisir
qu’il ressent lors de la victoire,
nous n’obtiendrions probablement pas les résultats
auxquels il parvient depuis
quatre ans.
2
Évolution, techniques
et complexité
Qu’en est-il sur le plan de
l’évolution ? Nos ancêtres
couraient-ils plus vite que
nous ? L’homme, comme toute
espèce animale assurant sa
survie, atteint sa vitesse la
plus grande lorsqu’il tente
d’échapper à ses prédateurs.
De fait, il existe toujours à
notre époque un lien extrêmement fort entre les capacités
physiques maximales mesurées par la vitesse de déplacement et l’espérance de vie.
Ironiquement, on peut ainsi
considérer que les recordmen
du sprint ne sont pas les
descendants des chasseurs
les plus véloces mais ceux des
fuyards les plus vifs…
Nous l’avons compris, pour
courir vite, il faut dépenser
au mieux l’énergie fournie par
la respiration cellulaire sous
forme d’ATP ; celle-ci permet
de faire marcher les moteurs
que sont l’actine et la myosine.
L’ensemble
contribue
à
générer des endorphines
neuronales, molécules de la
récompense. Laquelle de ces
molécules est indispensable ?
Toutes. Laquelle est suffi sante
pour expliquer la performance
d’Usain Bolt ? Aucune. C’est
toutes ensembles, associées à
un grand nombre d’autres (la
phosphocréatine, l’alpha-actinine…) et pas seulement les
trois premières, citées comme
exemples, qui permettent
la performance (comme le
démontre le Chapitre de C.-Y.
Guezennec). À quelles doses
agissent-elles ? On ne le sait
pas toujours. Quelles sont
les concentrations précises,
nécessaires à leurs interactions et leurs inter-régulations ? Cela reste encore à
découvrir… Petit à petit la
complexité du vivant comme
celle de nos comportements se
révèle (Encart : « Qu’est-ce que
la complexité en science ? »).
Comme il est impossible d’y
déroger, les performances
sont assujetties aux lois classiques de la physique, de la
chimie et surtout de la thermodynamique (voir aussi le
Chapitre de P. Letellier), lois
qui structurent le vivant. Mais
elles sont aussi contraintes
par les lois de la complexité.
Essayons, sur la base de cette
double approche, de décrire
et d’expliciter la progression
des records du monde et d’en
comprendre les lois mathématiques de croissance et les
principes fondamentaux. On
peut pour cela s’appuyer sur
l’une des défi nitions les plus
simples du vivant : un système
critique auto-organisé qui
s’oppose, transitoirement, à
la décroissance énergétique
universelle. La décroissance
de l’énergie est en effet exponentielle et contingente de
l’inéluctable croissance de
l’entropie qui lui est associée
(Encart : « Ilya Prigogine, un
parcours d’exception, une
révolution conceptuelle »).
Prenons
l’évolution
des
records du Tour du monde
à la voile. Entre le record de
Francis Chichester en 7 mois
Précédent

- 51/260

Suivant