CHRONIQUES D’UNE MOLÉCULE
L’anesthésie : une révolution du monde de la chirurgie qui a débuté grâce
à l’éther diéthylique
Par Dana K. Winter, candidate au postdoctorat, Boston University (2011-2013)
Imaginez la réaction d’une personne assise sur la chaise
d’un dentiste à qui celui-ci annonce qu’une intervention chirurgicale doit avoir lieu sans anesthésie locale !
Une pensée, certes, complètement absurde de nos jours,
mais qui fut, pendant de nombreux siècles, une réalité.
Autrefois, les interventions chirurgicales étaient considérées comme une forme de torture, souvent plus douloureuse que le mal lui-même. L’emploi de substances
pour supprimer la douleur des patients se limitait à des
traitements à l’éthanol ainsi qu’à des cocktails d’herbes
1 .
Cependant, un dosage adéquat de ces substances était
dif?cile à prévoir, les résultats pouvant varier de l’inef?cacité jusqu’à la mort par surdose.
Il fallut attendre jusqu’en 1846 pour que le dentiste William Morton (1819-1868) exécute la première
démonstration scienti?que, au Massachusetts General
Hospital, à Boston, d’une intervention chirurgicale sans
douleur grâce à une substance anesthésiante : l’éther
2
. Il
réussit, en fait, à réaliser l’ablation sans douleur d’une
tumeur de la mâchoire d’un patient. Cette découverte
eut des répercussions si importantes qu’un monument
en cet honneur fut érigé dans le jardin public de Boston.
Le terme « éther » est couramment employé pour
désigner l’éther diéthylique, un solvant communément
employé dans une variété de réactions organiques en
raison de son inertie. Néanmoins, cette petite molécule
possède une propriété qui a fait d’elle un excellent anesthésiant, à savoir sa volatilité. En effet, l’éther diéthylique
est un liquide clair qui possède un point d’ébullition de
seulement 35 °C, permettant à cette substance d’émettre
des vapeurs qui peuvent être inhalées à la température
ambiante
3 .
Représentation de la première intervention
chirurgicale grâce à l’éther diéthylique au
Massachusetts General Hospital
L’histoire de l’éther diéthylique débute par sa synthèse en 1275 par l’alchimiste Raymond Lulle
4 (12321316) à partir de l’acide sulfurique et de l’éthanol.
Toutefois, les propriétés volatiles et analgésiques de
cette molécule n’ont été rapportées qu’en 1818 par le
physicien et chimiste Michael Faraday
5 (1791-1867).
L’éther fut employé initialement par plusieurs chercheurs à des ?ns récréatives plutôt qu’anesthésiantes
en raison de ses propriétés euphorisantes après la
respiration de ses vapeurs. C’est d’ailleurs au cours
de cet usage que le chercheur Crawford W. Long
(1815-1878) avait remarqué que, sous l’effet de l’éther,
les bles sures étaient indolores. Il a alors conclu que
cette substance pourrait être utilisée à titre d’anesthésiant. Malheureusement, Long n’a jamais rapporté sa
découverte avant le dentiste William Morton
6 …
William Morton (1819-1868) Masque d’éther conçu par Morton
Morton, désireux de soigner ses patients sans douleur,
effectua des recherches sur les propriétés de l’éther. Après
plusieurs mois d’étude et des essais sur des animaux, il réussit à convaincre un chirurgien du Massachusetts General
Hospital d’essayer cette substance lors d’une intervention
chirurgicale. Morton conçut également un masque pour
permettre une inhalation adéquate et constante d’éther
diéthylique au cours des interventions. Grâce au succès de
l’opération, l’éther diéthylique a été employé pendant
de nombreuses années comme anesthésiant par inhalation. Toutefois, cette substance, étant inammable, a été
abandonnée dans plusieurs pays par précaution.
Les propriétés anesthésiantes du chloroforme furent
par la suite découvertes par un obstétricien écossais,
James Young Simpson (1811-1870), qui l’utilisa,
en 1847, pour la toute première fois au cours d’un
11.2 Utilité des éthers en synthèse organique
487
L’anesthésie : une révolution du monde de la chirurgie qui a débuté grâce
à l’éther diéthylique
Par Dana K. Winter, candidate au postdoctorat, Boston University (2011-2013)
Imaginez la réaction d’une personne assise sur la chaise
d’un dentiste à qui celui-ci annonce qu’une intervention chirurgicale doit avoir lieu sans anesthésie locale !
Une pensée, certes, complètement absurde de nos jours,
mais qui fut, pendant de nombreux siècles, une réalité.
Autrefois, les interventions chirurgicales étaient considérées comme une forme de torture, souvent plus douloureuse que le mal lui-même. L’emploi de substances
pour supprimer la douleur des patients se limitait à des
traitements à l’éthanol ainsi qu’à des cocktails d’herbes
1 .
Cependant, un dosage adéquat de ces substances était
dif?cile à prévoir, les résultats pouvant varier de l’inef?cacité jusqu’à la mort par surdose.
Il fallut attendre jusqu’en 1846 pour que le dentiste William Morton (1819-1868) exécute la première
démonstration scienti?que, au Massachusetts General
Hospital, à Boston, d’une intervention chirurgicale sans
douleur grâce à une substance anesthésiante : l’éther
2
. Il
réussit, en fait, à réaliser l’ablation sans douleur d’une
tumeur de la mâchoire d’un patient. Cette découverte
eut des répercussions si importantes qu’un monument
en cet honneur fut érigé dans le jardin public de Boston.
Le terme « éther » est couramment employé pour
désigner l’éther diéthylique, un solvant communément
employé dans une variété de réactions organiques en
raison de son inertie. Néanmoins, cette petite molécule
possède une propriété qui a fait d’elle un excellent anesthésiant, à savoir sa volatilité. En effet, l’éther diéthylique
est un liquide clair qui possède un point d’ébullition de
seulement 35 °C, permettant à cette substance d’émettre
des vapeurs qui peuvent être inhalées à la température
ambiante
3 .
Représentation de la première intervention
chirurgicale grâce à l’éther diéthylique au
Massachusetts General Hospital
L’histoire de l’éther diéthylique débute par sa synthèse en 1275 par l’alchimiste Raymond Lulle
4 (12321316) à partir de l’acide sulfurique et de l’éthanol.
Toutefois, les propriétés volatiles et analgésiques de
cette molécule n’ont été rapportées qu’en 1818 par le
physicien et chimiste Michael Faraday
5 (1791-1867).
L’éther fut employé initialement par plusieurs chercheurs à des ?ns récréatives plutôt qu’anesthésiantes
en raison de ses propriétés euphorisantes après la
respiration de ses vapeurs. C’est d’ailleurs au cours
de cet usage que le chercheur Crawford W. Long
(1815-1878) avait remarqué que, sous l’effet de l’éther,
les bles sures étaient indolores. Il a alors conclu que
cette substance pourrait être utilisée à titre d’anesthésiant. Malheureusement, Long n’a jamais rapporté sa
découverte avant le dentiste William Morton
6 …
William Morton (1819-1868) Masque d’éther conçu par Morton
Morton, désireux de soigner ses patients sans douleur,
effectua des recherches sur les propriétés de l’éther. Après
plusieurs mois d’étude et des essais sur des animaux, il réussit à convaincre un chirurgien du Massachusetts General
Hospital d’essayer cette substance lors d’une intervention
chirurgicale. Morton conçut également un masque pour
permettre une inhalation adéquate et constante d’éther
diéthylique au cours des interventions. Grâce au succès de
l’opération, l’éther diéthylique a été employé pendant
de nombreuses années comme anesthésiant par inhalation. Toutefois, cette substance, étant inammable, a été
abandonnée dans plusieurs pays par précaution.
Les propriétés anesthésiantes du chloroforme furent
par la suite découvertes par un obstétricien écossais,
James Young Simpson (1811-1870), qui l’utilisa,
en 1847, pour la toute première fois au cours d’un
11.2 Utilité des éthers en synthèse organique
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