S UR LE S TR A CE S DE
Au début des années 1960, au Québec, l’ouverture d’esprit suscitée par la Révolution tranquille galvanise les
entrepreneurs et les créateurs dans toutes les sphères de
la société. Plusieurs jeunes diplômés de l’époque iront
parfaire leur formation à l’étranger dans le but avoué
de revenir s’installer au Québec et de faire bénécier la
société de leur nouvelle expertise.
C’est dans ce contexte que Pierre Deslongchamps,
natif de Saint-Lin dans les Laurentides et jeune diplômé
en chimie de l’Université de Montréal, entreprend, en
1959, des études supérieures à l’Université du NouveauBrunswick, à Fredericton. Son doctorat en poche, il
entreprend, en 1965, un stage postdoctoral en synthèse organique à l’Université Harvard avec le célèbre
Robert B. Woodward. Impressionné par le travail du
jeune Québécois, Woodward lui promet un prestigieux poste de professeur au Massachusetts Institute
of Technology (MIT) s’il consent à continuer son stage
postdoctoral une autre année.
Mais Pierre Deslongchamps tient tête au Prix Nobel :
il veut participer à l’essor du Québec et partager son
expertise avec ses compatriotes. Il quitte donc Harvard
pour l’Université de Montréal, puis pour l’Université de
Sherbrooke en 1967. Passionné de synthèse organique,
le professeur Deslongchamps se démarque rapidement
grâce à sa créativité surprenante et à son goût certain
pour les molécules cibles qu’il étudie astucieusement.
Qui d’autre aurait pu entreprendre la synthèse complètement folle d’un insecticide, le (+)-ryanodol, un monstre
moléculaire comportant 5 cycles et 11 carbones stéréogéniques pour seulement 20 carbones en tout
a ?
Cette synthèse de 44 étapes,
l’une des plus difciles jamais
entreprises au Québec, a de -
mandé 12 années d’efforts soutenus
(1967-1979). Mais, chemin faisant,
la nécessité étant mère de l’invention, le professeur Deslongchamps
et les membres de son groupe se sont vus
contraints d’inventer de nouveaux réactifs, de nouvelles
conditions expérimentales ou de nouvelles techniques
pour résoudre les problèmes surgissant à chaque étape.
Souvent, il a comparé cette quête à celle des alpinistes
escaladant l’Everest : « C’est comme viser le plus haut
sommet […]. Après l’avoir escaladé, on ne part pas avec
la montagne, mais on retient toutes les nouvelles stratégies, les moyens ingénieux, les découvertes-surprises qui
ont permis d’atteindre le sommet plus rapidement […].
Grâce à ces connaissances, on est maintenant en mesure
d’escalader une foule d’autres sommets
b
. » Et Dieu sait
combien il en a escaladé d’autres par la suite !
Récompensé de toutes parts (il a notamment obtenu
le prix Marie-Victorin en 1987, la Médaille d’or en
sciences et génie du Canada du Conseil de recherches
en sciences naturelles et génie en 1993 et le titre d’Ofcier de l’Ordre national du Québec en 1997), Pierre
Deslongchamps a poursuivi son travail de pionnier.
En 1998, il a été à l’origine de la création de l’Institut
de pharmacologie de l’Université de Sherbrooke (IPS)
c
et de la société Néokimia, maintenant connue sous le
nom de Tranzyme Pharma inc., vouée à la découverte de
molécules bioactives.
Superviseur de plus d’une centaine d’étudiants diplômés et d’autant de chercheurs postdoctoraux au l des
années, coauteur de plus de 200 articles spécialisés,
détenteur de 19 brevets et, en plus, modèle pour plusieurs générations de chercheurs québécois en chimie
organique, Pierre Deslongchamps a manifestement eu
raison, il y a de cela plus de 40 ans, de tenir tête à un certain Robert B. Woodward…
PIERRE DESLONGCHAMPS
La créativité au service de la chimie organique
a. Deslongchamps, P. et al. (1979). « Total Synthesis of Ryanodol », Revue canadienne de chimie/Canadian Journal of Chemistry, vol. 57, n
o 24,
p. 3348-3354.
b. Picard Beaudoin, A. et M. Coussa Jandl. (2003). Pierre Deslongchamps : le ryanodol,
(page consultée le 8 mai 2012).
c. Hémond, É. (2012). Pierre Deslongchamps, (page consultée le 6 juin 2012).
Sur les traces de Pierre Deslongchamps
45
Au début des années 1960, au Québec, l’ouverture d’esprit suscitée par la Révolution tranquille galvanise les
entrepreneurs et les créateurs dans toutes les sphères de
la société. Plusieurs jeunes diplômés de l’époque iront
parfaire leur formation à l’étranger dans le but avoué
de revenir s’installer au Québec et de faire bénécier la
société de leur nouvelle expertise.
C’est dans ce contexte que Pierre Deslongchamps,
natif de Saint-Lin dans les Laurentides et jeune diplômé
en chimie de l’Université de Montréal, entreprend, en
1959, des études supérieures à l’Université du NouveauBrunswick, à Fredericton. Son doctorat en poche, il
entreprend, en 1965, un stage postdoctoral en synthèse organique à l’Université Harvard avec le célèbre
Robert B. Woodward. Impressionné par le travail du
jeune Québécois, Woodward lui promet un prestigieux poste de professeur au Massachusetts Institute
of Technology (MIT) s’il consent à continuer son stage
postdoctoral une autre année.
Mais Pierre Deslongchamps tient tête au Prix Nobel :
il veut participer à l’essor du Québec et partager son
expertise avec ses compatriotes. Il quitte donc Harvard
pour l’Université de Montréal, puis pour l’Université de
Sherbrooke en 1967. Passionné de synthèse organique,
le professeur Deslongchamps se démarque rapidement
grâce à sa créativité surprenante et à son goût certain
pour les molécules cibles qu’il étudie astucieusement.
Qui d’autre aurait pu entreprendre la synthèse complètement folle d’un insecticide, le (+)-ryanodol, un monstre
moléculaire comportant 5 cycles et 11 carbones stéréogéniques pour seulement 20 carbones en tout
a ?
Cette synthèse de 44 étapes,
l’une des plus difciles jamais
entreprises au Québec, a de -
mandé 12 années d’efforts soutenus
(1967-1979). Mais, chemin faisant,
la nécessité étant mère de l’invention, le professeur Deslongchamps
et les membres de son groupe se sont vus
contraints d’inventer de nouveaux réactifs, de nouvelles
conditions expérimentales ou de nouvelles techniques
pour résoudre les problèmes surgissant à chaque étape.
Souvent, il a comparé cette quête à celle des alpinistes
escaladant l’Everest : « C’est comme viser le plus haut
sommet […]. Après l’avoir escaladé, on ne part pas avec
la montagne, mais on retient toutes les nouvelles stratégies, les moyens ingénieux, les découvertes-surprises qui
ont permis d’atteindre le sommet plus rapidement […].
Grâce à ces connaissances, on est maintenant en mesure
d’escalader une foule d’autres sommets
b
. » Et Dieu sait
combien il en a escaladé d’autres par la suite !
Récompensé de toutes parts (il a notamment obtenu
le prix Marie-Victorin en 1987, la Médaille d’or en
sciences et génie du Canada du Conseil de recherches
en sciences naturelles et génie en 1993 et le titre d’Ofcier de l’Ordre national du Québec en 1997), Pierre
Deslongchamps a poursuivi son travail de pionnier.
En 1998, il a été à l’origine de la création de l’Institut
de pharmacologie de l’Université de Sherbrooke (IPS)
c
et de la société Néokimia, maintenant connue sous le
nom de Tranzyme Pharma inc., vouée à la découverte de
molécules bioactives.
Superviseur de plus d’une centaine d’étudiants diplômés et d’autant de chercheurs postdoctoraux au l des
années, coauteur de plus de 200 articles spécialisés,
détenteur de 19 brevets et, en plus, modèle pour plusieurs générations de chercheurs québécois en chimie
organique, Pierre Deslongchamps a manifestement eu
raison, il y a de cela plus de 40 ans, de tenir tête à un certain Robert B. Woodward…
PIERRE DESLONGCHAMPS
La créativité au service de la chimie organique
a. Deslongchamps, P. et al. (1979). « Total Synthesis of Ryanodol », Revue canadienne de chimie/Canadian Journal of Chemistry, vol. 57, n
o 24,
p. 3348-3354.
b. Picard Beaudoin, A. et M. Coussa Jandl. (2003). Pierre Deslongchamps : le ryanodol,
(page consultée le 8 mai 2012).
c. Hémond, É. (2012). Pierre Deslongchamps,
Sur les traces de Pierre Deslongchamps
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