CHRONIQUES D’UNE MOLÉCULE
Tromper les virus
Pendant longtemps, les scienti?ques ont
cru que l’information génétique était
à l’abri dans le noyau des cellules et que
l’ARN ne fonctionnait que comme transmetteur de cette information. Or, certains
types de virus contiennent toute leur
information génétique dans leur ARN et
possèdent une enzyme spéciale, capable
de synthétiser de l’ADN à partir d’ARN.
C’est le cas du VIH (virus de l’immunodé?cience humaine). Lorsqu’il pénètre dans une cellule hôte,
le VIH libère la transcriptase inverse, une enzyme capable
de convertir l’ARN viral en une molécule d’ADN à double
brin. L’ADN viral est ensuite intégré dans le génome de la
cellule hôte, permettant ainsi au virus de se reproduire en
même temps que la cellule. La découverte du fonctionnement de ce type de virus dans les années 1980 a ébranlé le
monde scienti?que, puisque, jusqu’alors, le cheminement
ADN → ARN → protéine était unidirectionnel.
Plusieurs médicaments antiviraux couramment utilisés dans le traitement du VIH sont des analogues de
nucléosides. Grâce à leur apparence semblable à celle
des nucléosides de l’ADN, ils peuvent être intégrés à
l’ADN viral pendant la réplication. Par contre, leurs
différences avec les « vrais » nucléosides les font agir en
tant qu’agents terminateurs de chaîne, empêchant ainsi
la complétude de la réplication virale.
La zidovudine
6 (ou AZT) et la stavudine
(D4T) sont des antirétroviraux analogues
de la thimidine. La lamivudine (ou 3TC)
(voir la rubrique « Sur les traces de Bernard
Belleau », p. 334) est un analogue de la cytidine, alors que la didanosine (ou DDI)
est un analogue de la guanosine. Ces quatre inhibiteurs de la transcriptase inverse
interrompent l’incorporation de nouveaux
nucléotides au moment de la réplication
de la chaîne d’ADN viral en empêchant la formation d’une
nouvelle liaison phosphodiester (ils n’ont pas de groupement OH à l’extrémité 3′).
Puisque ces médicaments n’inhibent pas totalement
la reproduction du virus, ce dernier manifeste souvent une résistance après quelque temps. Cependant,
la grande utilité de ces antiviraux réside dans l’action
synergique qu’ils procurent lorsqu’ils sont utilisés de
façon combinée, d’autant plus que leur association restaure la sensibilité du VIH, devenu résistant à l’un ou à
l’autre de ces agents.
Bien que ces traitements aient considérablement
réduit la mortalité liée au VIH en prolongeant la vie des
personnes atteintes, il n’en demeure pas moins que ces
molécules causent plusieurs effets secondaires indésirables. Puisque, à l’heure actuelle, il n’existe aucun moyen
de guérir la maladie, la prévention demeure le moyen de
lutte le plus ef?cace.
7.6 Séquençage de l’ADN
Comme l’ADN contient toute l’information nécessaire au bon fonctionnement des
êtres vivants, en connaître les moindres détails est d’une importance capitale tant dans
les domaines de la médecine que de la biologie moléculaire. La stratégie pour parvenir à déterminer la séquence des bases de l’ADN consiste à briser les longues chaînes
d’ADN en petits fragments, qui pourront par la suite être séquencés par des moyens
7.6 Séquençage de l’ADN
329
Précédent

- 349/372

Suivant