Dans les années 1970, les athlètes féminines de l’Alle magne
de l’Est, avec leurs corps sculpturaux et leurs voix caverneuses, gagnaient beaucoup plus
que leur part normale de médailles
olympiques. Après la chute du mur de
Berlin (1989), le dopage systématique
de ces athlètes à l’aide de stéroïdes anabolisants fut mis
au jour, mais ce constat n’était en fait que la pointe de
l’iceberg.
Christiane Ayotte commence à cette même période
son parcours à l’Université de Montréal. Elle termine
d’abord en 1983 un doctorat en chimie physico- organique
sous la supervision du professeur Denis Gravel, puis
entreprend un stage postdoctoral à l’Institut national de
la recherche scienti?que (INRS-Santé) sur la détection
des contaminants environnementaux. C’est au cours de
ce stage que le monde du dopage va croiser son chemin.
Vers 1980, les performances de plus en plus surhumaines des athlètes olympiques incitent les autorités
canadiennes à demander au laboratoire où travaille
Christiane Ayotte de concevoir des outils de dépistage pour les Jeux olympiques de Los Angeles de 1984.
M
me Ayotte met alors au point des méthodes de détection
pour les métabolites urinaires des stéroïdes anabolisants.
À cette époque, le stanozolol et la nandrolone sont des
stéroïdes très utilisés (voir la ?gure ci-dessous). Plusieurs
athlètes ont par la suite obtenu des tests antidopage positifs, dont le cas mémorable du sprinter canadien Ben
Johnson (stanozolol) à Séoul en 1988.
Ces méthodes d’analyse n’ont toutefois pas réussi à
diminuer la tricherie, puisque plusieurs autres drogues
ont par la suite été mises au point a?n d’augmenter les
performances athlétiques, mais tout en déjouant ou en
contournant les tests de dépistage (hormones de croissance ; nouveaux stéroïdes ; drogues pour augmenter
l’apport d’oxygène, accroître la concentration, endurer
la douleur, etc.). À cette panoplie de nouveaux moyens
se sont en plus ajoutées des substances pour masquer la
prise de certaines drogues illicites ou pour favoriser leur
élimination de l’organisme. Dans son autobiographie, le
coureur canadien Bruny Surin (médaillé d’or à Atlanta
en 1996) résume le éau en ces quelques mots : « Le sport
est gangrené par le dopage. »
M
me Ayotte est professeure à l’INRS et directrice du
laboratoire de contrôle du dopage depuis 1991. En 1999,
elle a participé à la mise sur pied de l’Agence mondiale
antidopage (AMA) et elle a joué un rôle quant à la décision
de cet organisme d’installer son siège social à Montréal.
M
me Ayotte a obtenu plusieurs titres honori?ques, dont
celui de « Scienti?que de l’année » en 1999 par les chroniqueurs de l’émission Les années lumière à Radio-Canada.
Elle a de plus été reconnue « Femmes à l’honneur » en
2000 par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et nommée au Cercle d’excellence de l’Université du Québec. L’implication de M
me Ayotte contre le
dopage sportif lui a aussi valu la médaille d’honneur de
l’Association médicale canadienne en 2006. Plus récemment, le Centre canadien pour l’éthique dans le sport a
rendu hommage à M
me Ayotte le 2 avril 2012 lors de la
célébration du 20
e anniversaire de la création de l’AMA
à Ottawa pour sa contribution à la lutte contre le dopage
sur la scène nationale et internationale.
L’expertise de Christiane Ayotte est aujourd’hui
reconnue auprès d’une myriade d’organisations sportives nationales et internationales. Le laboratoire de
l’INRS est le seul laboratoire canadien (le deuxième en
importance au monde) accrédité par l’AMA et il a effectué les analyses durant les Jeux olympiques d’hiver de
2010 à Vancouver.
Admirée et crainte, Christiane Ayotte continue
son combat contre le dopage de ces athlètes qui, trop
souvent, sont entraînés dans cet engrenage dont ils ne
peuvent plus se dégager.
Une carrière vouée à la lutte contre le dopage sportif
CHRISTIANE AYOTTE
S UR LE S TR A CE S DE
202 Chapitre 4 Lipides
de l’Est, avec leurs corps sculpturaux et leurs voix caverneuses, gagnaient beaucoup plus
que leur part normale de médailles
olympiques. Après la chute du mur de
Berlin (1989), le dopage systématique
de ces athlètes à l’aide de stéroïdes anabolisants fut mis
au jour, mais ce constat n’était en fait que la pointe de
l’iceberg.
Christiane Ayotte commence à cette même période
son parcours à l’Université de Montréal. Elle termine
d’abord en 1983 un doctorat en chimie physico- organique
sous la supervision du professeur Denis Gravel, puis
entreprend un stage postdoctoral à l’Institut national de
la recherche scienti?que (INRS-Santé) sur la détection
des contaminants environnementaux. C’est au cours de
ce stage que le monde du dopage va croiser son chemin.
Vers 1980, les performances de plus en plus surhumaines des athlètes olympiques incitent les autorités
canadiennes à demander au laboratoire où travaille
Christiane Ayotte de concevoir des outils de dépistage pour les Jeux olympiques de Los Angeles de 1984.
M
me Ayotte met alors au point des méthodes de détection
pour les métabolites urinaires des stéroïdes anabolisants.
À cette époque, le stanozolol et la nandrolone sont des
stéroïdes très utilisés (voir la ?gure ci-dessous). Plusieurs
athlètes ont par la suite obtenu des tests antidopage positifs, dont le cas mémorable du sprinter canadien Ben
Johnson (stanozolol) à Séoul en 1988.
Ces méthodes d’analyse n’ont toutefois pas réussi à
diminuer la tricherie, puisque plusieurs autres drogues
ont par la suite été mises au point a?n d’augmenter les
performances athlétiques, mais tout en déjouant ou en
contournant les tests de dépistage (hormones de croissance ; nouveaux stéroïdes ; drogues pour augmenter
l’apport d’oxygène, accroître la concentration, endurer
la douleur, etc.). À cette panoplie de nouveaux moyens
se sont en plus ajoutées des substances pour masquer la
prise de certaines drogues illicites ou pour favoriser leur
élimination de l’organisme. Dans son autobiographie, le
coureur canadien Bruny Surin (médaillé d’or à Atlanta
en 1996) résume le éau en ces quelques mots : « Le sport
est gangrené par le dopage. »
M
me Ayotte est professeure à l’INRS et directrice du
laboratoire de contrôle du dopage depuis 1991. En 1999,
elle a participé à la mise sur pied de l’Agence mondiale
antidopage (AMA) et elle a joué un rôle quant à la décision
de cet organisme d’installer son siège social à Montréal.
M
me Ayotte a obtenu plusieurs titres honori?ques, dont
celui de « Scienti?que de l’année » en 1999 par les chroniqueurs de l’émission Les années lumière à Radio-Canada.
Elle a de plus été reconnue « Femmes à l’honneur » en
2000 par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et nommée au Cercle d’excellence de l’Université du Québec. L’implication de M
me Ayotte contre le
dopage sportif lui a aussi valu la médaille d’honneur de
l’Association médicale canadienne en 2006. Plus récemment, le Centre canadien pour l’éthique dans le sport a
rendu hommage à M
me Ayotte le 2 avril 2012 lors de la
célébration du 20
e anniversaire de la création de l’AMA
à Ottawa pour sa contribution à la lutte contre le dopage
sur la scène nationale et internationale.
L’expertise de Christiane Ayotte est aujourd’hui
reconnue auprès d’une myriade d’organisations sportives nationales et internationales. Le laboratoire de
l’INRS est le seul laboratoire canadien (le deuxième en
importance au monde) accrédité par l’AMA et il a effectué les analyses durant les Jeux olympiques d’hiver de
2010 à Vancouver.
Admirée et crainte, Christiane Ayotte continue
son combat contre le dopage de ces athlètes qui, trop
souvent, sont entraînés dans cet engrenage dont ils ne
peuvent plus se dégager.
Une carrière vouée à la lutte contre le dopage sportif
CHRISTIANE AYOTTE
S UR LE S TR A CE S DE
202 Chapitre 4 Lipides
