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PRÉFACE
Confrontée aux récents progrès de la physiologie, de la biochimie et de
l’écologie végétale, la botanique traditionnelle pourrait apparaître comme une
science purement historique. De fait, la description des plantes, de leur forme,
de leurs organes et de leurs fonctions fut la première étape de la prospection
du règne végétal.
Dans les sociétés traditionnelles déjà, à l’aube de l’histoire humaine, un savoir
empirique s’élabore: l’homme, pressé par la nécessité de se nourrir, de se
vêtir et de se soigner, attribue aux simples des signes et des vertus. Ainsi
apparaît très tôt cette tendance propre à l’esprit humain d’identifier les êtres
qui l’entourent et d’assigner à chaque plante, à chaque animal, sa place dans
la nature.
À partir du XVIII
e siècle, avec Linné, fondateur de la nomenclature binomiale,
ce savoir devient scientifique: la description des espèces et leur classement en
unités taxinomiques de plus en plus vastes est une première tentative pour
mettre de l’ordre dans l’infinie diversité des formes et des structures qu’apparemment la nature s’acharne à créer dans le désordre. Un désordre qui en
réalité n’en est pas un et que l’on comprend mieux, quand, au XIX
e siècle,
apparaît la notion d’évolution, et plus particulièrement de phylogenèse: on
découvre alors que les espèces et les groupes auxquels elles appartiennent,
vivants ou fossiles, découlent les uns des autres par cet immense mouvement
de dérive et de perpétuel dépassement qui travaille la matière vivante et la
conduit, d’inventions en inventions, vers des innovations toujours plus audacieuses et une complexité toujours plus grande. Après avoir été répertoriées
par Linné dans un catalogue, voici donc les plantes situées par Lamarck et
Darwin dans l’histoire.
Mais il fallait encore les inscrire dans la géographie, c’est-à-dire dans
l’espace. Telle est la mission que s’assigne l’écologie végétale, étroitement
liée d’ailleurs à la phylogenèse puisque l’évolution biologique diversifie ses
courants et ses rameaux en fonction de la structure du globe, de la répartition
de ses mers et de ses continents, de ses plaines et de ses montagnes, de ses
climats et de ses sols.
Ainsi, la botanique systématique, qui fut d’abord un répertoire commode pour
identifier et situer les espèces, a-t-elle peu à peu intégré les grands concepts
qui dominent les sciences contemporaines, où chaque phénomène ne s’interprète que situé dans un espace-temps déterminé. Elle débouche de plain-pied
sur la biologie végétale, la biogéographie et l’écologie, dont elle constitue la
base indispensable.
Comment pourrait-on analyser la structure d’une formation végétale ou les
caractéristiques d’une végétation sans la parfaite connaissance des espèces qui
les constituent. La botanique systématique reste donc la pierre angulaire, le
code de référence fondamental, «le tronc commun», véritable passage obligé
pour aborder les divers domaines de la biologie végétale. Elle est aussi une
PRÉFACE
Confrontée aux récents progrès de la physiologie, de la biochimie et de
l’écologie végétale, la botanique traditionnelle pourrait apparaître comme une
science purement historique. De fait, la description des plantes, de leur forme,
de leurs organes et de leurs fonctions fut la première étape de la prospection
du règne végétal.
Dans les sociétés traditionnelles déjà, à l’aube de l’histoire humaine, un savoir
empirique s’élabore: l’homme, pressé par la nécessité de se nourrir, de se
vêtir et de se soigner, attribue aux simples des signes et des vertus. Ainsi
apparaît très tôt cette tendance propre à l’esprit humain d’identifier les êtres
qui l’entourent et d’assigner à chaque plante, à chaque animal, sa place dans
la nature.
À partir du XVIII
e siècle, avec Linné, fondateur de la nomenclature binomiale,
ce savoir devient scientifique: la description des espèces et leur classement en
unités taxinomiques de plus en plus vastes est une première tentative pour
mettre de l’ordre dans l’infinie diversité des formes et des structures qu’apparemment la nature s’acharne à créer dans le désordre. Un désordre qui en
réalité n’en est pas un et que l’on comprend mieux, quand, au XIX
e siècle,
apparaît la notion d’évolution, et plus particulièrement de phylogenèse: on
découvre alors que les espèces et les groupes auxquels elles appartiennent,
vivants ou fossiles, découlent les uns des autres par cet immense mouvement
de dérive et de perpétuel dépassement qui travaille la matière vivante et la
conduit, d’inventions en inventions, vers des innovations toujours plus audacieuses et une complexité toujours plus grande. Après avoir été répertoriées
par Linné dans un catalogue, voici donc les plantes situées par Lamarck et
Darwin dans l’histoire.
Mais il fallait encore les inscrire dans la géographie, c’est-à-dire dans
l’espace. Telle est la mission que s’assigne l’écologie végétale, étroitement
liée d’ailleurs à la phylogenèse puisque l’évolution biologique diversifie ses
courants et ses rameaux en fonction de la structure du globe, de la répartition
de ses mers et de ses continents, de ses plaines et de ses montagnes, de ses
climats et de ses sols.
Ainsi, la botanique systématique, qui fut d’abord un répertoire commode pour
identifier et situer les espèces, a-t-elle peu à peu intégré les grands concepts
qui dominent les sciences contemporaines, où chaque phénomène ne s’interprète que situé dans un espace-temps déterminé. Elle débouche de plain-pied
sur la biologie végétale, la biogéographie et l’écologie, dont elle constitue la
base indispensable.
Comment pourrait-on analyser la structure d’une formation végétale ou les
caractéristiques d’une végétation sans la parfaite connaissance des espèces qui
les constituent. La botanique systématique reste donc la pierre angulaire, le
code de référence fondamental, «le tronc commun», véritable passage obligé
pour aborder les divers domaines de la biologie végétale. Elle est aussi une
