l'atomisme logique et le joueur d'échecs
L' histoire de l'info rmatique montre que
cette jeune di sc ipline est parfois considérée comme de la philosophie appliquée.
Elle emprunte alors à la philosophie de
! 'esprit des modè les et des théories pour
procéde r à ses déve loppements techniques. Pour l'atomisme logique, courant
majeur de la philosophie occ identale du
début du xxe siècle, toute connaissance
peut être décomposée en propos itions logiques élémentaires afin de décrire et de
raisonner sur le monde réel. Le computationnalisme. courant dominant de ! ' intelligence artificielle jusqu 'aux années 1980,
est née de la volonté d' utiliser des calculateu rs pour automati ser ces ra isonneme nts . Par exemple, en fo rmalisant les
règ les du jeu d'échecs et les di ffé rentes
stratégies possibles, les premiers joueurs
aitificiels ont rapidement égalé les joueurs
humains, jusqu 'à battre aujourd ' hui les
meilleurs professionnels. Cependant , s' il
est relativement fac ile de décomposer le
« micro-monde » du jeu d'échecs en propositions log iques élémentaires, les applications in fo rmatiques de l' atomi sme
logique ont rencontré de lourdes difficul -
tés pour résoudre les problèmes plus complexes du monde réel : comprendre et
parler le français, reconnaître des objets
sur une photographie, se déplacer dans la
rue sans heurter les piétons ...
Le philosophe Hubert Dreyfus montre, dans
son ouvrage intitulé What Computers Can ~
Do, comment l' idée d'un programme générique, capable de résoudre « tout type de
problèmes », est finalement abandonnée par
le computationnalisme.
l'énaction et l'apprentissage des robots
Vu le nombre de paramètres à prendre en
compte lors de la décomposition logique,
« se dépl acer » est bi en plus di ffic ile
pour un robot que « jouer aux échecs».
Le test de Turing
et l'intelligence simulée
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Alan Mathison Turing (1912-1954) est un mathématicien
et informaticien britannique reconnu comme étant l'un des
pères fondateurs de l'intelligence artificielle. Dans un article publié en 1950, il propose de répondre à la question
épineuse« est-ce que les machines peuvent penser? » par
un dispositif extrêmement simple: si un observateur, discutant avec une machine et un autre être humain, se retrouve incapable de distinguer, au cours de la conversation,
lequel de ses deux interlocuteurs est humain, alors il est
nécessaire d'admettre que la machine est aussi intelligente que cet être humain. Le test de Turing s'appuie donc
sur une définition comportementale de l'intelligence, c'està-dire indépendante dufo11cti01meme11t interne de la machine.
Si Turing s'intéresse néanmoins à des questions philosophiques telles que la conscience, les émotions et la créativité, le dispositif qu'il propose répond à une volonté de résoudre un problème propre à l'informatique : comment
déterminer si une machine est ou non intelligente? La réponse qu'il donne, par la seule observation des comportements, est une posture propre aux spécialistes de l'intelligence artificielle qui cherchent à simuler les
comportements intelligents, sans exiger de qualités internes particulières. Le 7 juin 2014, lors d'un test organisé
par la Royal Society à l'occasion du soixantième anniversaire de la mort d'Alan Turing, un programme informatique a réussi à se faire passer pour un garçon de 13 ans
auprès de plus de 30 % des observateurs interrogés après
des conversations libres de cinq minutes.
Apparu dans les années 1980 , le modèle énactif de l'esprit tient compte de
Hors-série n°52. Mathématiques & informatique Tangente
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