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Jean-Louis BOBIN
Aujourd’hui, en gros, quelle que soit la voie choisie, il semble manquer le dernier
facteur 10 pour parvenir au bilan d’énergie positif. Suffit-il d’y mettre le temps et le
prix, ce dernier étant aussi sujet à croissance exponentielle ? Probablement, mais il
faudra ensuite faire la preuve de la viabilité économique. Là, rien n’est acquis. Dans
l’état actuel des connaissances on ne saurait pas le faire. Mais les échéances sont
lointaines : deuxième moitié du XXI
e siècle, et la situation énergétique n’est pas telle
qu’il faille brûler les étapes. Disposer de beaucoup de temps peut paraître un avantage. Il manquera cette pression de l’urgence qui rend inventif.
La coopération internationale est devenue la règle, du moins pour le confinement
magnétique. C’est bon pour la pérennité de l’entreprise. Mais la prise de décision
(au plus haut niveau) reflète plus le sens du compromis que celui de l’audace visionnaire. C’est ainsi que pour le JET, la recherche d’un consensus européen rendit le
projet un peu court dans ses ambitions. En ce qui concerne le sort du projet ITER,
dont le dessin était achevé mi-1998, la communauté des physiciens impliqués dans
les programmes de fusion s’avéra elle-même divisée sur le point de le construire.
Des scientifiques également respectables ont pris parti, soit pour, soit contre. Les
Etats-Unis se sont retirés du projet en 1998 (trop complexe, trop cher). Au Japon,
pays industrialisé le plus enthousiaste pour accueillir l’installation d’une telle machine,
la crise économique a poussé à la temporisation. Un délai de 3 ans a été accordé
aux partenaires du projet (essentiellement le Japon et l’Europe ; la Russie n’ayant
plus les moyens) pour préparer les éléments d’une décision retardée d’autant. Une
machine plus modeste a été proposée au début de l’an 2000 : avec 800 m
3 de plasma
seulement pour 500 MW de fusion, l'allumage et l'auto-entretien sont improbables.
Mais elle est deux fois moins chère et représente, d'après P.H. REBUT, ce que peut
proposer de mieux l'organisation internationale actuelle. La construction, sur un site
à choisir en 2003, de ce Tokamak de quatrième génération pourrait être achevée
vers 2010-2012.
En raison de connotations militaires, l’avenir à moyen terme du confinement inertiel
semble mieux assuré. Les lasers mégajoule en construction aux Etats-Unis (NIF
pour National Ignition Facility) et en France (LMJ pour Laser MégaJoule) devraient
être mis en service entre 2008 et 2010.
En ce début de siècle la question se pose : la fusion peut-elle être une source d’énergie pour un avenir pas trop lointain ? Dans l'état actuel des connaissances et des
programmes, tout laisse penser qu'elle ne viendra pas sur le marché de l’énergie,
si elle y vient jamais, avant la deuxième moitié du siècle.
Jean-Louis BOBIN
Aujourd’hui, en gros, quelle que soit la voie choisie, il semble manquer le dernier
facteur 10 pour parvenir au bilan d’énergie positif. Suffit-il d’y mettre le temps et le
prix, ce dernier étant aussi sujet à croissance exponentielle ? Probablement, mais il
faudra ensuite faire la preuve de la viabilité économique. Là, rien n’est acquis. Dans
l’état actuel des connaissances on ne saurait pas le faire. Mais les échéances sont
lointaines : deuxième moitié du XXI
e siècle, et la situation énergétique n’est pas telle
qu’il faille brûler les étapes. Disposer de beaucoup de temps peut paraître un avantage. Il manquera cette pression de l’urgence qui rend inventif.
La coopération internationale est devenue la règle, du moins pour le confinement
magnétique. C’est bon pour la pérennité de l’entreprise. Mais la prise de décision
(au plus haut niveau) reflète plus le sens du compromis que celui de l’audace visionnaire. C’est ainsi que pour le JET, la recherche d’un consensus européen rendit le
projet un peu court dans ses ambitions. En ce qui concerne le sort du projet ITER,
dont le dessin était achevé mi-1998, la communauté des physiciens impliqués dans
les programmes de fusion s’avéra elle-même divisée sur le point de le construire.
Des scientifiques également respectables ont pris parti, soit pour, soit contre. Les
Etats-Unis se sont retirés du projet en 1998 (trop complexe, trop cher). Au Japon,
pays industrialisé le plus enthousiaste pour accueillir l’installation d’une telle machine,
la crise économique a poussé à la temporisation. Un délai de 3 ans a été accordé
aux partenaires du projet (essentiellement le Japon et l’Europe ; la Russie n’ayant
plus les moyens) pour préparer les éléments d’une décision retardée d’autant. Une
machine plus modeste a été proposée au début de l’an 2000 : avec 800 m
3 de plasma
seulement pour 500 MW de fusion, l'allumage et l'auto-entretien sont improbables.
Mais elle est deux fois moins chère et représente, d'après P.H. REBUT, ce que peut
proposer de mieux l'organisation internationale actuelle. La construction, sur un site
à choisir en 2003, de ce Tokamak de quatrième génération pourrait être achevée
vers 2010-2012.
En raison de connotations militaires, l’avenir à moyen terme du confinement inertiel
semble mieux assuré. Les lasers mégajoule en construction aux Etats-Unis (NIF
pour National Ignition Facility) et en France (LMJ pour Laser MégaJoule) devraient
être mis en service entre 2008 et 2010.
En ce début de siècle la question se pose : la fusion peut-elle être une source d’énergie pour un avenir pas trop lointain ? Dans l'état actuel des connaissances et des
programmes, tout laisse penser qu'elle ne viendra pas sur le marché de l’énergie,
si elle y vient jamais, avant la deuxième moitié du siècle.
