420
Roger BRISSOT
ratrice à neutrons rapides. Depuis l’arrêt de celle-ci, l’industrie nucléaire et le producteur d’électricité ont cherché à valoriser ce plutonium en stock, en le monorecyclant dans des assemblages à base de MOX. Cette pratique est toutefois sévèrement limitée par la physique nucléaire d’une part, et par la physique des réacteurs
d’autre part :
pour des raisons de sûreté, seulement 30% du combustible d’un REP est « moxé » ;
l’opération implique une dégradation progressive de la qualité du plutonium. Les
isotopes fissiles sont consommés de façon préférentielle alors que, dans le même
temps, les captures neutroniques augmentent le pourcentage d’isotopes du plutonium non-fissiles et la proportion d’actinides mineurs ;
les captures sur la matrice d’uranium appauvri reforment du plutonium.
Au bout du compte, la radiotoxicité du combustible n’est réduite que de moitié, le
processus diminuant le stock de plutonium sans arriver à le stabiliser.
Des recherches sont actuellement en cours, basées sur l’utilisation de plutonium
sur matrice inerte, supprimant ainsi la production de plutonium par capture sur l‘uranium appauvri (combustible APA pour Advanced Plutonium Assemblies). Des simulations de scénarios mettant en jeu ce type de combustibles conduisent à une stabilisation à moyen terme du stock de plutonium généré par la filière REP.
19.8. LE FUTUR DU NUCLÉAIRE, NOUVELLES FILIÈRES,
NOUVEAUX COMBUSTIBLES
L’examen des possibilités de stockage, des problèmes liés au retraitement du combustible, à l’accroissement du stock de plutonium, mettent en évidence que la gestion du cycle du combustible, en amont et en aval du réacteur, ne peut être traitée
indépendamment de l’avenir du nucléaire. Le maintien du nucléaire à son niveau
mondial actuel n’épuiserait les ressources connues que dans plusieurs siècles. Il
semble peu probable que, dans ces conditions, on soit conduit à développer de nouveaux types de réacteur. On se situerait alors dans une perspective d’évolution avec,
par exemple, le remplacement progressif des REP actuels par des réacteurs du type
EPR (European Pressurized Reactor). Ce projet européen est une évolution des
réacteurs français de type REP N4, de puissance électrique voisine de 1500 MW.
Les options de sûreté retenues prennent en compte le confinement du combustible en cas de fusion accidentelle du cœur, ainsi qu’une amélioration notable de la
résistance des bâtiments vis-à-vis d’une agression externe (chute d’avion, inondation, séisme...).
On doit toutefois se poser la question du sens qu’aurait un maintien du nucléaire à
son niveau actuel : avec moins de 5% de contribution à la production globale d’énergie, il n’aurait guère d’impact sur l’économie, sur la réduction des émissions de CO 2
Précédent

- 422/636

Suivant