394
Bruno RIVOIRE
18.4.1. UNE EXPÉRIENCE AVÉRÉE : CELLE DES CENTRALES LUZ
Ces centrales, qui cumulent une puissance nette électrique de 354 MW et qui, pour
les plus anciennes, sont couplées au réseau depuis 1985, représentent l’expérience
la plus importante et la plus achevée de toutes celles dont il est question ici. Le
fait qu’elle ait été menée par des entreprises privées sans intervention directe de
la puissance publique impressionne. Cela laisse augurer que le procédé est d’ores
et déjà compétitif par rapport aux sources alternatives. En réalité, il n’en est rien,
bien que les conditions de leur mise en œuvre aient été idéales.
En effet, ces centrales, qui sont contractuellement tenues de fonctionner avec un
apport fossile limité à 25% (pour bénéficier d’une fiscalité incitative), fournissent
leurs kilowattheures essentiellement au rythme de l’apport solaire. Or, miracle d’un
pays opulent vivant en zone aride, la pointe est provoquée ici par la mise en marche
des climatiseurs : c’est dire qu’elle est naturellement coordonnée avec l’abondance
du Soleil. Si on ajoute que celui-ci délivre une énergie annuelle qui se situe au plus
haut niveau mondial, on comprend que ces installations soient en mesure de soulager efficacement les moyens de production alternatifs et d’écrêter systématiquement l’appel de puissance qu’ils doivent couvrir (et ceci, sans faire appel exagérément à l’apport fossile). La Southern California Edison, qui est liée par contrat avec
les exploitants pour acheter leur production, la paye donc très cher (par exemple, en
1990 [3], 35 cents le kWh de pointe qui représente 40% de la production, 6,5 cents
le kWh d’heures pleines et 2,7 cents le kWh d’heures creuses).
Malgré ces conditions tout à fait exceptionnelles, le promoteur de la formule, la
société Luz, a fait faillite en 1991, revendant toutes ses installations à de nouveaux
investisseurs (dans des conditions qu’on peut soupçonner proches de la braderie).
Ceux-là continuent logiquement à exploiter l’existant acquis dans des conditions si
intéressantes. Mais aucun ne s’est engagé dans de nouveaux investissements, bien
que l’efficacité de l’exploitation des centrales ait continué de progresser régulièrement sous l’effet de l’expérience acquise [5]. Des projets prometteurs basés sur la
mise en œuvre des nouvelles technologies (utilisation de LS4, capteur à eau-vapeur)
avaient pourtant été élaborés et poussés très avant par Luz avant sa faillite [3] 4 .
Un rapport d’audit américain, rédigé en 2001 à la demande des Sandia Laboratories, qui représentent la puissance publique dans le système américain, et donc
l’impartialité, déclare en effet que « le problème de base (sous-entendu : des centrales Luz) était que le coût de la technologie était trop élevé pour être concurrentiel
sur le marché » [4]. Il n’y a donc pas eu de miracle Luz, et la filière cylindro-parabo4 Les coûts de construction de ces centrales étaient parvenus à l’époque aux environs de 3500 dollars
le kWe installé [3]. Mais, s’agissant de centrales de pointe, ce chiffre est trompeur. Celui qui est significatif est le coût d’investissement à consentir pour une installation produisant un kWhe annuel : il
ressort ici à 1,5 dollar.
Précédent

- 396/636

Suivant