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Hervé NIFENECKER
l’épuisement des gisements humains consécutif à la stabilisation du limes ? Sans
doute donc, dès l’Antiquité la recherche de l’énergie était-elle un but de guerre
important. Elle l’était dans la mesure où les sources d’énergie n’étaient pas disponibles sur place. Au Moyen Age occidental, comme en Chine, l’attachement de la
main-d’œuvre à la terre, de même que le développement des énergies animales
(bœufs puis chevaux) et renouvelables (moulins à vent et à eau), semblent avoir
laissé la question énergétique hors du champ belliqueux. On sait que l’ère industrielle commença avec la machine à vapeur qui, d’une part multiplia la productivité
du travail, d’autre part déclencha une course à l’énergie. C’est l’alliance entre la
machine à vapeur et le charbon qui fit de l’Angleterre la grande puissance industrielle du XIX
e siècle. Le charbon, encore, permit aux USA, à l’Allemagne et à la
France de la concurrencer. Les mines de charbon du Nord et de l’Est de la France,
comme celle de la Sarre et de la Ruhr, furent un des enjeux capitaux des conflits
franco-allemands. Le charbon ne fut pas étranger à la ruée vers l’Est des nazis
pour le contrôle des mines polonaises et russes, tout comme à l’expansion nippone
vers la Mandchourie. La seconde guerre mondiale fut aussi une des premières
guerres pour le pétrole, celui de Roumanie comme celui du Caucase pour les
Allemands, celui d’Indonésie pour les Japonais. Aux guerres pour le charbon succédèrent donc celles pour le pétrole, parmi lesquelles citons celle du Biafra, celle
ayant mis aux prises Arménie et Azerbaïdjan, celle de Tchétchénie, celles du Golfe
(1 et 2). Ajoutons que si les guerres ont été les plus meurtriers des moyens de
s’assurer la ressource énergétique, les autres moyens « plus doux » consistant à
soudoyer des régimes corrompus ont aussi eu des conséquences catastrophiques
pour les populations.
En conclusion, lorsque des ressources énergétiques sont à la fois nécessaires, sans
substituts faciles et non-disponibles localement en quantités suffisantes, elles créent
des situations de dépendance qui se traduisent souvent par des conflits ou des prises de contrôle politique. Ce fut le cas pour la main-d’œuvre servile de l’Antiquité,
pour le charbon puis à l’époque actuelle pour le pétrole, peut-être demain pour le
gaz et l’hydraulique. Le nombre de victimes de ces conflits atteint sûrement plusieurs millions ! Inversement, notre civilisation démocratique et relativement égalitaire ne se conçoit pas sans une ressource énergétique abondante. Qui accepterait de revenir au servage ou à l’esclavage (ce dernier n’a disparu de nos sociétés
qu’il y a moins de 150 ans puisqu’il fut à l’origine de la prospérité du Sud des EtatsUnis, du Brésil et des colonies Caraïbes). Dans l’avenir il est probable que le pétrole
demeurera longtemps la ressource énergétique susceptible de provoquer le plus
grand nombre de conflits, et donc des centaines de milliers de victimes. Le gaz
pourrait aussi donner lieu à chantage économique dans la mesure où nos économies en dépendent de façon croissante, et que sa répartition mondiale est aussi
inhomogène que celle du pétrole. L’abondance des sources de charbon semble
rendre peu probables de nouvelles guerres du charbon. L’hydraulique crée dès à
présent des tensions entre pays riverains du même fleuve, tensions qui risquent
de s’aggraver à mesure que la question des ressources en eau deviendra de plus
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