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Jean LAHERRÈRE
veut obtenir un prêt (Mexique avec le FMI) ou une quantité autorisée à produire
(champ de gaz de Frigg en Mer du Nord). Le cas le plus évident est celui de l’OPEP
où les quotas dépendent des réserves : le Moyen-Orient (+ Venezuela), de 1984
à 1990, a vu augmenter ses réserves de 470 Gb à 700 Gb, soit plus de 50% sans
découverte majeure. Le prix anormalement bas de $10/b en 1998 est dû à une mauvaise estimation de la croissance par l’OPEP (crise asiatique), mais surtout à une
surévaluation de l’offre par l’AIE, à cause de mauvaises données (missing barrels =
600 Mb) donnant une fausse impression d’abondance.
Il n’y a pas de consensus sur les définitions car chacun veut rester maître de déclarer ce qu’il lui convient. Les compagnies américaines cotées en bourse sont obligées de suivre les règles de la SEC (Securities & Exchange Commission), où l’estimation doit correspondre à une certitude raisonnable, mais chacun interprète le
« raisonnable » à sa façon. Il y a lutte entre l’approche déterministe et l’approche
probabiliste. Les réserves américaines sont dites « prouvées » et les dernières
règles SPE/WPC/AAPG les définissent comme correspondant à une probabilité
de 90%. En pratique, les révisions des 20 dernières années du rapport annuel USDoE montrent qu’elles correspondent à une probabilité de 65% (correspondant au
mode qui représente le plus probable). La mauvaise pratique consistant à ne déclarer que les réserves prouvées et de négliger les réserves probables conduit à des
révisions continuelles et à une fausse impression de croissance. Les compagnies
américaines qui publient les chiffres de réserves (Oil & Gas Journal, World Oil et
BP Review) veulent traiter le monde suivant leurs pratiques américaines, alors que
les pratiques en Europe sont bien différentes, notamment en Norvège. Le monde
hors les Etats-Unis publient les réserves prouvées + probables (2P).
Plus important encore que ces ambiguïtés, si l’on veut estimer la réalité de l’évolution des réserves dans le temps, est la date à laquelle il convient de rapporter les
réévaluations de la capacité d’un gisement : date de la réévaluation ou date de la
découverte du gisement. Sur les figures 8.1 et 8.2, les courbes intitulées « don.
techn. 2P "backdated" » sont établies en utilisant la date de découverte du gisement.
La différence avec les autres courbes établies dans l’autre hypothèse (P current) est
saisissante : dans le deuxième cas nous pouvons dormir sur nos deux oreilles, les
réserves croissent toujours, dans le deuxième cas on voit déjà poindre la pénurie.
Le nombre de chiffres significatifs est révélateur de l’absence de calcul d’erreur.
Pour 1999, les réserves dites prouvées étaient données avec dix chiffres significatifs par Oil & Gas Journal (OGJ), alors que le premier chiffre était différent de celui
de World Oil (WO) :
Oil & Gas Journal
1 016 041,221 Mb
World Oil
978 868,2 Mb
BP Review
1033,8 Gb
Mais en 2001, World Oil a révisé son estimation pour 1999 à 993 467,3 Mb, seul le
premier des sept chiffres est conservé !
Jean LAHERRÈRE
veut obtenir un prêt (Mexique avec le FMI) ou une quantité autorisée à produire
(champ de gaz de Frigg en Mer du Nord). Le cas le plus évident est celui de l’OPEP
où les quotas dépendent des réserves : le Moyen-Orient (+ Venezuela), de 1984
à 1990, a vu augmenter ses réserves de 470 Gb à 700 Gb, soit plus de 50% sans
découverte majeure. Le prix anormalement bas de $10/b en 1998 est dû à une mauvaise estimation de la croissance par l’OPEP (crise asiatique), mais surtout à une
surévaluation de l’offre par l’AIE, à cause de mauvaises données (missing barrels =
600 Mb) donnant une fausse impression d’abondance.
Il n’y a pas de consensus sur les définitions car chacun veut rester maître de déclarer ce qu’il lui convient. Les compagnies américaines cotées en bourse sont obligées de suivre les règles de la SEC (Securities & Exchange Commission), où l’estimation doit correspondre à une certitude raisonnable, mais chacun interprète le
« raisonnable » à sa façon. Il y a lutte entre l’approche déterministe et l’approche
probabiliste. Les réserves américaines sont dites « prouvées » et les dernières
règles SPE/WPC/AAPG les définissent comme correspondant à une probabilité
de 90%. En pratique, les révisions des 20 dernières années du rapport annuel USDoE montrent qu’elles correspondent à une probabilité de 65% (correspondant au
mode qui représente le plus probable). La mauvaise pratique consistant à ne déclarer que les réserves prouvées et de négliger les réserves probables conduit à des
révisions continuelles et à une fausse impression de croissance. Les compagnies
américaines qui publient les chiffres de réserves (Oil & Gas Journal, World Oil et
BP Review) veulent traiter le monde suivant leurs pratiques américaines, alors que
les pratiques en Europe sont bien différentes, notamment en Norvège. Le monde
hors les Etats-Unis publient les réserves prouvées + probables (2P).
Plus important encore que ces ambiguïtés, si l’on veut estimer la réalité de l’évolution des réserves dans le temps, est la date à laquelle il convient de rapporter les
réévaluations de la capacité d’un gisement : date de la réévaluation ou date de la
découverte du gisement. Sur les figures 8.1 et 8.2, les courbes intitulées « don.
techn. 2P "backdated" » sont établies en utilisant la date de découverte du gisement.
La différence avec les autres courbes établies dans l’autre hypothèse (P current) est
saisissante : dans le deuxième cas nous pouvons dormir sur nos deux oreilles, les
réserves croissent toujours, dans le deuxième cas on voit déjà poindre la pénurie.
Le nombre de chiffres significatifs est révélateur de l’absence de calcul d’erreur.
Pour 1999, les réserves dites prouvées étaient données avec dix chiffres significatifs par Oil & Gas Journal (OGJ), alors que le premier chiffre était différent de celui
de World Oil (WO) :
Oil & Gas Journal
1 016 041,221 Mb
World Oil
978 868,2 Mb
BP Review
1033,8 Gb
Mais en 2001, World Oil a révisé son estimation pour 1999 à 993 467,3 Mb, seul le
premier des sept chiffres est conservé !
