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Jean-Louis BOBIN
La méthode universellement adoptée par les chercheurs qui visent à déterminer les
climats futurs consiste à caler des modèles sur le passé récent, bien documenté.
Une fois celui-ci correctement reconstitué, il est nécessaire de faire des hypothèses
pour calculer la suite. En 1992, le GIEC a rendu publics des scénarios d’émission
globale, connus sous le sigle IS92 [20]. Ils ont été abondamment utilisés pour fournir les données d’entrées aux modèles de circulation globale servant de base aux
scénarios de modification du climat. La mise en œuvre des modèles ne donne pas
de résultats avant un long délai. Pendant ce temps, les connaissances sur tous les
processus impliqués s’accroissent et s’affinent. De meilleurs scénarios d’émission
sont ainsi élaborés [21], qui correspondent aux scénarios WEC/IIASA [22] de consommation d’énergie au cours du XXI
e siècle.
Mais intégrer de nouvelles données est une lourde tâche, de sorte que le scénario IS92a reste à la base de prévisions climatiques récemment parues. Il est représentatif d’une politique de l’autruche répondant au slogan « business as usual », et
qui consiste à ne rien modifier aux pratiques en cours ni aux tendances du moment.
Un tel scénario aboutit à une estimation de 1540 gigatonnes de carbone rejetées
dans l’atmosphère entre 2000 et 2100. Ce chiffre est à comparer aux ressources
fossiles subsistant à la fin de la période, soit 3500 Gt [23]. La plupart des modèles
prévoient que la moitié de ces rejets se sera accumulée dans l’atmosphère, produisant une concentration de CO 2 d’environ 700 parties par million (ppm). Ce résultat
est très sensible à des hypothèses supplémentaires. La figure 5.12 en montre deux
exemples.
La figure 5.12a est un résultat [24] obtenu au Centre Hadley du Bureau Météorologique Britannique, au moyen d’un modèle où le cycle du carbone et le climat sont
totalement couplés. La concentration de CO 2 dans l’atmosphère grimpe jusqu’à
980 ppm. La température de l’air près de la surface augmente de 5,5°C, celle du
sol de 8°C. En raison de cet important chauffage, les terres rejettent plus de carbone, mais c’est compensé par une plus grande absorption par les océans qui avalent plus de CO 2 lorsque sa teneur s’élève dans l’atmosphère. Tout gaz carbonique
additionnel issu d’autres sources reste dans l’atmosphère.
Les résultats présentés sur la figure 5.12b proviennent de l’Institut Pierre Simon
LAPLACE (IPSL) [25]. Le modèle utilise un scénario d’émission amélioré par rapport à
IS92a. En raison de la difficulté de simuler le comportement des eaux de l’hémisphère sud, il admet une absorption océanique double de celle de Hadley. Mais surtout, la sensibilité à la température de l’absorption par les terres est inférieure à la
moitié de celle de Hadley et la distribution de la végétation ne subit pas de modification. La prédiction de l’IPSL est alors que la concentration atmosphérique de CO 2 en
2100 ne dépassera pas 780 ppm, nettement moins que dans le modèle de Hadley.
Ce qui précède n’était qu’un exemple des différences entre les résultats obtenus
pas divers modèles. Si tous laissent prévoir de plus grandes concentrations de CO 2
dans l’atmosphère, les prédictions quantitatives sont fortement divergentes, comme
le montre la figure 5.13.
Jean-Louis BOBIN
La méthode universellement adoptée par les chercheurs qui visent à déterminer les
climats futurs consiste à caler des modèles sur le passé récent, bien documenté.
Une fois celui-ci correctement reconstitué, il est nécessaire de faire des hypothèses
pour calculer la suite. En 1992, le GIEC a rendu publics des scénarios d’émission
globale, connus sous le sigle IS92 [20]. Ils ont été abondamment utilisés pour fournir les données d’entrées aux modèles de circulation globale servant de base aux
scénarios de modification du climat. La mise en œuvre des modèles ne donne pas
de résultats avant un long délai. Pendant ce temps, les connaissances sur tous les
processus impliqués s’accroissent et s’affinent. De meilleurs scénarios d’émission
sont ainsi élaborés [21], qui correspondent aux scénarios WEC/IIASA [22] de consommation d’énergie au cours du XXI
e siècle.
Mais intégrer de nouvelles données est une lourde tâche, de sorte que le scénario IS92a reste à la base de prévisions climatiques récemment parues. Il est représentatif d’une politique de l’autruche répondant au slogan « business as usual », et
qui consiste à ne rien modifier aux pratiques en cours ni aux tendances du moment.
Un tel scénario aboutit à une estimation de 1540 gigatonnes de carbone rejetées
dans l’atmosphère entre 2000 et 2100. Ce chiffre est à comparer aux ressources
fossiles subsistant à la fin de la période, soit 3500 Gt [23]. La plupart des modèles
prévoient que la moitié de ces rejets se sera accumulée dans l’atmosphère, produisant une concentration de CO 2 d’environ 700 parties par million (ppm). Ce résultat
est très sensible à des hypothèses supplémentaires. La figure 5.12 en montre deux
exemples.
La figure 5.12a est un résultat [24] obtenu au Centre Hadley du Bureau Météorologique Britannique, au moyen d’un modèle où le cycle du carbone et le climat sont
totalement couplés. La concentration de CO 2 dans l’atmosphère grimpe jusqu’à
980 ppm. La température de l’air près de la surface augmente de 5,5°C, celle du
sol de 8°C. En raison de cet important chauffage, les terres rejettent plus de carbone, mais c’est compensé par une plus grande absorption par les océans qui avalent plus de CO 2 lorsque sa teneur s’élève dans l’atmosphère. Tout gaz carbonique
additionnel issu d’autres sources reste dans l’atmosphère.
Les résultats présentés sur la figure 5.12b proviennent de l’Institut Pierre Simon
LAPLACE (IPSL) [25]. Le modèle utilise un scénario d’émission amélioré par rapport à
IS92a. En raison de la difficulté de simuler le comportement des eaux de l’hémisphère sud, il admet une absorption océanique double de celle de Hadley. Mais surtout, la sensibilité à la température de l’absorption par les terres est inférieure à la
moitié de celle de Hadley et la distribution de la végétation ne subit pas de modification. La prédiction de l’IPSL est alors que la concentration atmosphérique de CO 2 en
2100 ne dépassera pas 780 ppm, nettement moins que dans le modèle de Hadley.
Ce qui précède n’était qu’un exemple des différences entre les résultats obtenus
pas divers modèles. Si tous laissent prévoir de plus grandes concentrations de CO 2
dans l’atmosphère, les prédictions quantitatives sont fortement divergentes, comme
le montre la figure 5.13.
