le soir, en fiacre, déguisée, que d’y envoyer ta voiture en plein jour. Tu es
une petite sotte, ma chère enfant ! Ta voiture a flatté sa vanité, ta personne
lui aurait pris le cœur. Je t’ai dit ce qui est juste et vrai, mais je ne t’en veux
pas, moi. Tu es de deux siècles en arrière avec ta fausse grandeur. Allons,
laisse-nous arranger tes affaires, dire que le Montriveau aura grisé tes gens,
pour satisfaire son amour-propre et te compromettre…
– Au nom du ciel, ma tante, s’écria la duchesse en bondissant, ne le
calomniez pas.
– Oh ! chère enfant, dit la princesse dont les yeux s’animèrent, je voudrais
te voir des illusions quine te fussent pas funestes, mais toute illusion doit
cesser. Tu m’attendrirais, n’était mon âge. Allons, ne fais de chagrin à
personne, ni à lui, ni à nous. Je me charge de contenter tout le monde ; mais
promets-moi de ne pas te permettre désormais une seule démarche sans me
consulter. Conte-moi tout, je te mènerai peut-être à bien.
– Ma tante, je vous promets…
– De me dire tout…
– Oui, tout, tout ce qui pourra se dire.
– Mais, mon cœur, c’est précisément ce qui ne pourra pas se dire que je
veux savoir. Entendons-nous bien. Allons, laisse-moi appuyer mes lèvres
sèches sur ton beau front. Non, laisse-moi faire, je te défends de baiser mes
os. Les vieillards ont une politesse à eux… Allons, conduis-moi jusqu’à mon
carrosse, dit-elle après avoir embrassé sa nièce.
– Chère tante, je puis donc aller chez lui déguisée ?
– Mais, oui, ça peut toujours se nier, dit la vieille. La duchesse n’avait
clairement perçu que cette idée dans le sermon que la princesse venait de
lui faire. Quand madame de Chauvry fut assise dans le coin de sa voiture,
madame de Langeais lui dit un gracieux adieu, et remonta chez elle tout
heureuse.
– Ma personne lui aurait pris le cœur ; elle a raison, ma tante, un homme
ne doit pas refuser une jolie femme, quand elle sait se bien offrir.
Le soir, au cercle de madame la duchesse de Berri, le duc de Navarreins,
monsieur de Pamiers, monsieur de Marsay, monsieur de Grandlieu, le
duc de Maufrigneuse démentirent victorieusement les bruits offensants qui
couraient sur la duchesse de Langeais. Tant d’officiers et de personnes
attestèrent avoir vu Montriveau se promenant aux Tuileries pendant la
matinée, que cette sotte histoire fut mise sur le compte du hasard, qui prend
tout ce qu’on lui donne. Aussi le lendemain la réputation de la duchesse
devint-elle, malgré la station de sa voiture, nette et claire comme l’armet de
Mambrin après avoir été fourbi par Sancho. Seulement à deux heures, au
bois de Boulogne, monsieur de Ronquerolles passant à côté de Montriveau
dans une allée déserte, lui dit en souriant : – Elle va bien, ta duchesse ! –
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une petite sotte, ma chère enfant ! Ta voiture a flatté sa vanité, ta personne
lui aurait pris le cœur. Je t’ai dit ce qui est juste et vrai, mais je ne t’en veux
pas, moi. Tu es de deux siècles en arrière avec ta fausse grandeur. Allons,
laisse-nous arranger tes affaires, dire que le Montriveau aura grisé tes gens,
pour satisfaire son amour-propre et te compromettre…
– Au nom du ciel, ma tante, s’écria la duchesse en bondissant, ne le
calomniez pas.
– Oh ! chère enfant, dit la princesse dont les yeux s’animèrent, je voudrais
te voir des illusions quine te fussent pas funestes, mais toute illusion doit
cesser. Tu m’attendrirais, n’était mon âge. Allons, ne fais de chagrin à
personne, ni à lui, ni à nous. Je me charge de contenter tout le monde ; mais
promets-moi de ne pas te permettre désormais une seule démarche sans me
consulter. Conte-moi tout, je te mènerai peut-être à bien.
– Ma tante, je vous promets…
– De me dire tout…
– Oui, tout, tout ce qui pourra se dire.
– Mais, mon cœur, c’est précisément ce qui ne pourra pas se dire que je
veux savoir. Entendons-nous bien. Allons, laisse-moi appuyer mes lèvres
sèches sur ton beau front. Non, laisse-moi faire, je te défends de baiser mes
os. Les vieillards ont une politesse à eux… Allons, conduis-moi jusqu’à mon
carrosse, dit-elle après avoir embrassé sa nièce.
– Chère tante, je puis donc aller chez lui déguisée ?
– Mais, oui, ça peut toujours se nier, dit la vieille. La duchesse n’avait
clairement perçu que cette idée dans le sermon que la princesse venait de
lui faire. Quand madame de Chauvry fut assise dans le coin de sa voiture,
madame de Langeais lui dit un gracieux adieu, et remonta chez elle tout
heureuse.
– Ma personne lui aurait pris le cœur ; elle a raison, ma tante, un homme
ne doit pas refuser une jolie femme, quand elle sait se bien offrir.
Le soir, au cercle de madame la duchesse de Berri, le duc de Navarreins,
monsieur de Pamiers, monsieur de Marsay, monsieur de Grandlieu, le
duc de Maufrigneuse démentirent victorieusement les bruits offensants qui
couraient sur la duchesse de Langeais. Tant d’officiers et de personnes
attestèrent avoir vu Montriveau se promenant aux Tuileries pendant la
matinée, que cette sotte histoire fut mise sur le compte du hasard, qui prend
tout ce qu’on lui donne. Aussi le lendemain la réputation de la duchesse
devint-elle, malgré la station de sa voiture, nette et claire comme l’armet de
Mambrin après avoir été fourbi par Sancho. Seulement à deux heures, au
bois de Boulogne, monsieur de Ronquerolles passant à côté de Montriveau
dans une allée déserte, lui dit en souriant : – Elle va bien, ta duchesse ! –
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