dépravations. Comment expliquer autrement le mystère incompréhensible
de ses perpétuelles fluctuations ? Tous les malins elle se proposait de fermer
sa porte au marquis de Montriveau ; puis, tous les soirs, à l’heure dite,
elle se laissait charmer par lui. Après une molle défense, elle se faisait
moins méchante ; sa conversation devenait douce, onctueuse ; deux amants
pouvaient seuls être ainsi. La duchesse déployait son esprit le plus scintillant,
ses coquetteries les plus entraînantes ; puis, quand elle avait irrité l’âme et
les sens de son amant, s’il la saisissait, elle voulait bien se laisser briser et
tordre par lui, mais elle avait son nec plus ultrà de passion ; et, quand il
en arrivait là, elle se fâchait toujours si, maîtrisé par sa fougue, il faisait
mine d’en franchir les barrières. Aucune femme n’ose se refuser sans motif
à l’amour, rien n’est plus naturel que d’y céder ; aussi madame de Langeais
s’entoura-t-elle bientôt d’une seconde ligne de fortifications plus difficile
à emporter que ne l’avait été la première. Elle évoqua les terreurs de la
religion. Jamais le Père de l’Église le plus éloquent ne plaida mieux la cause
de Dieu ; jamais les vengeances du Très Haut ne furent mieux justifiées
que par la voix de la duchesse. Elle n’employait ni phrases de sermon, ni
amplifications de rhétorique. Non, elle avait son pathos à elle. À la plus
ardente supplique d’Armand elle répondait par un regard mouillé de larmes,
par un geste qui peignait une affreuse plénitude de sentiments ; elle le faisait
taire en lui demandant grâce ; un mot de plus, elle ne voulait pas l’entendre,
elle succomberait, et la mort lui semblait préférable à un bonheur criminel.
– N’est-ce donc rien que de désobéir à Dieu ! lui disait-elle en
retrouvant une voix affaiblie par des combats intérieurs sur lesquels cette
jolie comédienne paraissait prendre difficilement un empire passager . Les
hommes, la terre entière, je vous les sacrifierais volontiers ; mais vous êtes
bien égoïste de me demander tout mon avenir pour un moment de plaisir.
Allons ! voyons, n’êtes-vous pas heureux ? ajoutait-elle en lui tendant la
main et se montrant à lui dans un négligé qui certes offrait à son amant des
consolations dont il se payait toujours.
Si, pour retenir un homme dont l’ardente passion lui donnait des émotions
inaccoutumées, ou si, par faiblesse, elle se laissait ravir quelque baiser
rapide, aussitôt elle feignait la peur, elle rougissait et bannissait Armand de
son canapé au moment où le canapé devenait dangereux pour elle.
– Vos plaisirs sont des péchés que j’expie, Armand ; ils me coûtent des
pénitences, des remords, s’écriait-elle.
Quand Montriveau se voyait à deux chaises de cette jupe aristocratique,
il se prenait à blasphémer, il maugréait Dieu. La duchesse se fâchait alors.
– Mais, mon ami, disait-elle sèchement, je ne comprends pas pourquoi
vous refusez de croire en Dieu, car il est impossible de croire aux hommes.
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de ses perpétuelles fluctuations ? Tous les malins elle se proposait de fermer
sa porte au marquis de Montriveau ; puis, tous les soirs, à l’heure dite,
elle se laissait charmer par lui. Après une molle défense, elle se faisait
moins méchante ; sa conversation devenait douce, onctueuse ; deux amants
pouvaient seuls être ainsi. La duchesse déployait son esprit le plus scintillant,
ses coquetteries les plus entraînantes ; puis, quand elle avait irrité l’âme et
les sens de son amant, s’il la saisissait, elle voulait bien se laisser briser et
tordre par lui, mais elle avait son nec plus ultrà de passion ; et, quand il
en arrivait là, elle se fâchait toujours si, maîtrisé par sa fougue, il faisait
mine d’en franchir les barrières. Aucune femme n’ose se refuser sans motif
à l’amour, rien n’est plus naturel que d’y céder ; aussi madame de Langeais
s’entoura-t-elle bientôt d’une seconde ligne de fortifications plus difficile
à emporter que ne l’avait été la première. Elle évoqua les terreurs de la
religion. Jamais le Père de l’Église le plus éloquent ne plaida mieux la cause
de Dieu ; jamais les vengeances du Très Haut ne furent mieux justifiées
que par la voix de la duchesse. Elle n’employait ni phrases de sermon, ni
amplifications de rhétorique. Non, elle avait son pathos à elle. À la plus
ardente supplique d’Armand elle répondait par un regard mouillé de larmes,
par un geste qui peignait une affreuse plénitude de sentiments ; elle le faisait
taire en lui demandant grâce ; un mot de plus, elle ne voulait pas l’entendre,
elle succomberait, et la mort lui semblait préférable à un bonheur criminel.
– N’est-ce donc rien que de désobéir à Dieu ! lui disait-elle en
retrouvant une voix affaiblie par des combats intérieurs sur lesquels cette
jolie comédienne paraissait prendre difficilement un empire passager . Les
hommes, la terre entière, je vous les sacrifierais volontiers ; mais vous êtes
bien égoïste de me demander tout mon avenir pour un moment de plaisir.
Allons ! voyons, n’êtes-vous pas heureux ? ajoutait-elle en lui tendant la
main et se montrant à lui dans un négligé qui certes offrait à son amant des
consolations dont il se payait toujours.
Si, pour retenir un homme dont l’ardente passion lui donnait des émotions
inaccoutumées, ou si, par faiblesse, elle se laissait ravir quelque baiser
rapide, aussitôt elle feignait la peur, elle rougissait et bannissait Armand de
son canapé au moment où le canapé devenait dangereux pour elle.
– Vos plaisirs sont des péchés que j’expie, Armand ; ils me coûtent des
pénitences, des remords, s’écriait-elle.
Quand Montriveau se voyait à deux chaises de cette jupe aristocratique,
il se prenait à blasphémer, il maugréait Dieu. La duchesse se fâchait alors.
– Mais, mon ami, disait-elle sèchement, je ne comprends pas pourquoi
vous refusez de croire en Dieu, car il est impossible de croire aux hommes.
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