Et elle lui tendit à baiser sa main encore humide. Une main de femme,
au moment où elle sort de son bain de senteur, conserve je ne sais quelle
fraîcheur douillette, une mollesse veloutée dont la chatouilleuse impression
va des lèvres à l’âme. Aussi, chez un homme épris qui a dans les sens autant
de volupté qu’il a d’amour au cœur ce baiser, chaste en apparence, peut-il
exciter de redoutables orages.
– Me la tendrez-vous toujours ainsi ? dit humblement le général en
baisant avec respect cette main dangereuse.
– Oui ; mais nous en resterons là, dit-elle en souriant.
Elle s’assit et parut fort maladroite à mettre ses gants, en voulant en faire
glisser la peau d’abord trop étroite le long de ses doigts, et regarder en même
temps monsieur de Montriveau, qui admirait alternativement la duchesse et
la grâce de ses gestes réitérés.
– Ah ! c’est bien, dit-elle, vous avez été exact, j’aime l’exactitude. Sa
Majesté dit qu’elle est la politesse des rois ; mais, selon moi, de vous à nous,
je la crois la plus respectueuse des flatteries. Eh ? n’est-ce pas ? Dites donc.
Puis elle le guigna de nouveau pour lui exprimer une amitié décevante, en
le trouvant muet de bonheur, et tout heureux de ces riens. Ah ! la duchesse
entendait à merveille son métier de femme, elle savait admirablement
rehausser un homme à mesure qu’il se rapetissait, et le récompenser par de
creuses flatteries à chaque pas qu’il faisait pour descendre aux niaiseries de
la sentimentalité.
– Vous n’oublierez jamais de venir à neuf heures.
– Oui, mais irez-vous donc au bal tous les soirs ?
– Le sais-je ? répondit-elle en haussant les épaules par un petit geste
enfantin comme pour avouer qu’elle était toute caprice et qu’un amant devait
la prendre ainsi. – D’ailleurs, reprit-elle, que vous importe ? vous m’y
conduirez.
– Pour ce soir, dit-il, ce serait difficile, je ne suis pas mis convenablement.
– Il me semble, répondit-elle en le regardant avec fierté, que si quelqu’un
doit souffrir de votre mise, c’est moi. Mais sachez, monsieur le voyageur,
que l’homme dont j’accepte le bras est toujours au-dessus de la mode,
personne n’oserait le critiquer. Je vois que vous ne connaissez pas le monde,
je vous en aime davantage.
Et elle le jetait déjà dans les petitesses du monde, en tâchant de l’initier
aux vanités d’une femme à la mode.
– Si elle veut faire une sottise pour moi, se dit en lui-même Armand, je
serais bien niais de l’en empêcher. Elle m’aime sans doute, et, certes, elle
ne méprise pas le monde plus que je ne le méprise moi-même ; ainsi va pour
le bal !
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