et les vieillards du pays et son guide, il entreprit ce terrible voyage. S’armant
de tout son courage aiguisé déjà par l’annonce d’horribles difficultés à
vaincre, il partit au matin. Après avoir marché pendant une journée entière,
il se coucha le soir sur le sable, éprouvant une fatigue inconnue, causée par
la mobilité du sol, qui semblait à chaque pas fuir sous lui. Cependant il savait
que le lendemain il lui faudrait, dès l’aurore, se remettre en route ; mais son
guide lui avait promis de lui faire atteindre, vers le milieu du jour, le but
de son voyage. Cette promesse lui donna du courage, lui fit retrouver des
forces, et, malgré ses souffrances, il continua sa route, en maudissant un peu
la science ; mais honteux de se plaindre devant son guide, il garda le secret
de ses peines. Il avait déjà marché pendant le tiers du jour lorsque, sentant
ses forces épuisées et ses pieds ensanglantés par la marche, il demanda s’il
arriverait bientôt. – Dans une heure, lui dit le guide. Armand trouva dans
son âme pour une heure de force et continua. L’heure s’écoula sans qu’il
aperçût, même à l’horizon, horizon de sables aussi vaste que l’est celui de la
pleine mer, les palmiers et les montagnes dont les cimes devaient annoncer
le terme de son voyage. Il s’arrêta, menaça le guide, refusa d’aller plus
loin, lui reprocha d’être son meurtrier, de l’avoir trompé ; puis des larmes
de rage et de fatigue roulèrent sur ses joues enflammées ; il était courbé
par la douleur renaissante de la marche, et son gosier lui semblait coagulé
par la soif du désert. Le guide, immobile, écoutait ses plaintes d’un air
ironique, tout en étudiant, avec l’apparente indifférence des Orientaux, les
imperceptibles accidents de ce sable presque noirâtre comme est l’or bruni.
– Je me suis trompé, reprit-il froidement. Il y a trop longtemps que j’ai fait
ce chemin pour que je puisse en reconnaître les traces, nous y sommes bien,
mais il faut encore marcher pendant deux heures. – Cet homme a raison,
pensa monsieur de Montriveau. Puis il se remit en route, suivant avec peine
l’Africain impitoyable, auquel il semblait lié par un fil, comme un condamné
l’est invisiblement au bourreau. Mais les deux heures se passent, le Français
a dépensé ses dernières gouttes d’énergie, et l’horizon est pur, et il n’y voit
ni palmiers ni montagnes. Il ne trouve plus ni cris ni gémissements, il se
couche alors sur le sable pour mourir ; mais ses regards eussent épouvanté
l’homme le plus intrépide, il semblait annoncer qu’il ne voulait pas mourir
seul. Son guide, comme un vrai démon, lui répondait par un coup d’œil
calme, empreint de puissance, et le laissait étendu, en ayant soin de se
tenir à une distance qui lui permît d’échapper au désespoir de sa victime.
Enfin monsieur de Montriveau trouva quelques forces pour une dernière
imprécation. Le guide se rapprocha de lui, le regarda fixement, lui imposa
silence et lui dit : – N’as-tu pas voulu, malgré nous, aller là où je te mène ?
Tu me reproches de te tromper ; si je ne l’avais pas fait, tu ne serais pas
venu jusqu’ici. Veux-tu la vérité, la voici. Nous avons encore cinq heures de
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