de la mode à Paris, par une bouche dont le langage était jadis si léger, si
moqueur, frappèrent le général comme l’eût fait un coup de foudre.
– Ma sainte mère ne parle que le latin et l’espagnol, ajouta-t-elle.
– Je ne sais ni l’un ni l’autre. Ma chère Antoinette, excusez-moi près
d’elle.
En entendant son nom doucement prononcé par un homme naguère si dur
pour elle, la religieuse éprouva une vive émotion intérieure que trahirent les
légers tremblements de son voile, sur lequel la lumière tombait en plein.
– Mon frère, dit-elle en portant sa manche sous son voile pour s’essuyer
les yeux peut-être, je me nomme la sœur Thérèse…
Puis elle se tourna vers la mère, et lui dit, en espagnol, ces paroles que
le général entendait parfaitement ; il en savait assez pour le comprendre, et
peut-être aussi pour le parler :
– Ma chère mère, ce cavalier vous présente ses respects, et vous prie de
l’excuser de ne pouvoir les mettre lui-même à vos pieds ; mais il ne sait
aucune des deux langues que vous parlez…
La vieille inclina la tête lentement, sa physionomie prit une expression
de douceur angélique, rehaussée néanmoins par le sentiment de sa puissance
et de sa dignité.
– Tu connais ce cavalier ? lui demanda la Mère en lui jetant un regard
pénétrant.
– Oui, ma mère.
– Rentre dans ta cellule, ma fille ! dit la Supérieure d’un ton impérieux.
Le général s’effaça vivement derrière le rideau, pour ne pas laisser
deviner sur son visage les émotions terribles qui l’agitaient ; et dans l’ombre,
il croyait voir encore les yeux perçants de la Supérieure. Cette femme,
maîtresse de la fragile et passagère félicité dont la conquête coûtait tant de
soins, lui avait fait peur, et il tremblait, lui qu’une triple rangée de canons
n’avait jamais effrayé. La duchesse marchait vers la porte, mais elle se
retourna : – Ma Mère, dit-elle d’un ton de voix horriblement calme, ce
Français est un de mes frères.
– Reste donc, ma fille ! répondit la vieille femme après une pause.
Cet admirable jésuitisme accusait tant d’amour et de regrets, qu’un
homme moins fortement organisé que ne l’était le général se serait senti
défaillir en éprouvant de si vifs plaisirs au milieu d’un immense péril, pour
lui tout nouveau. De quelle valeur étaient donc les mots, les regards, les
gestes dans une scène où l’amour devait échapper à des yeux de lynx, à des
griffes de tigre ! La sœur Thérèse revint.
– Vous voyez, mon frère, ce que j’ose faire pour vous entretenir un
moment de votre salut, et des vœux que mon âme adresse pour vous chaque
jour au ciel. Je commets un péché mortel. J’ai menti. Combien de jours de
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moqueur, frappèrent le général comme l’eût fait un coup de foudre.
– Ma sainte mère ne parle que le latin et l’espagnol, ajouta-t-elle.
– Je ne sais ni l’un ni l’autre. Ma chère Antoinette, excusez-moi près
d’elle.
En entendant son nom doucement prononcé par un homme naguère si dur
pour elle, la religieuse éprouva une vive émotion intérieure que trahirent les
légers tremblements de son voile, sur lequel la lumière tombait en plein.
– Mon frère, dit-elle en portant sa manche sous son voile pour s’essuyer
les yeux peut-être, je me nomme la sœur Thérèse…
Puis elle se tourna vers la mère, et lui dit, en espagnol, ces paroles que
le général entendait parfaitement ; il en savait assez pour le comprendre, et
peut-être aussi pour le parler :
– Ma chère mère, ce cavalier vous présente ses respects, et vous prie de
l’excuser de ne pouvoir les mettre lui-même à vos pieds ; mais il ne sait
aucune des deux langues que vous parlez…
La vieille inclina la tête lentement, sa physionomie prit une expression
de douceur angélique, rehaussée néanmoins par le sentiment de sa puissance
et de sa dignité.
– Tu connais ce cavalier ? lui demanda la Mère en lui jetant un regard
pénétrant.
– Oui, ma mère.
– Rentre dans ta cellule, ma fille ! dit la Supérieure d’un ton impérieux.
Le général s’effaça vivement derrière le rideau, pour ne pas laisser
deviner sur son visage les émotions terribles qui l’agitaient ; et dans l’ombre,
il croyait voir encore les yeux perçants de la Supérieure. Cette femme,
maîtresse de la fragile et passagère félicité dont la conquête coûtait tant de
soins, lui avait fait peur, et il tremblait, lui qu’une triple rangée de canons
n’avait jamais effrayé. La duchesse marchait vers la porte, mais elle se
retourna : – Ma Mère, dit-elle d’un ton de voix horriblement calme, ce
Français est un de mes frères.
– Reste donc, ma fille ! répondit la vieille femme après une pause.
Cet admirable jésuitisme accusait tant d’amour et de regrets, qu’un
homme moins fortement organisé que ne l’était le général se serait senti
défaillir en éprouvant de si vifs plaisirs au milieu d’un immense péril, pour
lui tout nouveau. De quelle valeur étaient donc les mots, les regards, les
gestes dans une scène où l’amour devait échapper à des yeux de lynx, à des
griffes de tigre ! La sœur Thérèse revint.
– Vous voyez, mon frère, ce que j’ose faire pour vous entretenir un
moment de votre salut, et des vœux que mon âme adresse pour vous chaque
jour au ciel. Je commets un péché mortel. J’ai menti. Combien de jours de
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