DES ORIGINES AU XIX
e
SIÈCLE
A l'ère de la spécialisation médicale à outrance, un neurologue ne sait presque rien
des derniers progrès réalisés en oto-rhino-laryngologie. De même, il est difficile
d'imaginer aujourd'hui les pratiques très anciennes, lorsque la guérison reposait
largement sur des rituels magiques ou mystiques et sur des traditions orales ancestrales.
DEPUIS TRÈS LONGTEMPS, les plantes médicinales jouent
un rôle déterminant dans la conservation de la santé des
hommes et dans la survie de l'humanité. Le lin {Linum
usitatissimum, p. 111), par exemple, procurait aux peuples
qui le cultivaient de l'huile pour la cuisine, du combustible,
un baume pour la peau ainsi que des fibres pour fabriquer
des étoffes. Il était également utilisé pour soigner les
bronchites, les rhumes, les furoncles ou les problèmes
digestifs. Etant donné ses qualités curatives, il n'est pas
étonnant que les civilisations traditionnelles lui attribuaient
des propriétés magiques, ainsi qu'à de nombreuses autres
plantes. Durant des milliers d'années, on a cueilli des
plantes pour leurs pouvoirs magiques plutôt que pour
Les druides nommaient le gui «rameau d'or». Celui-a occupait une
place centrale dans les rites et les cérémonies de guérison des Celtes.
Les druides possédaient une connaissance profonde des plantes médicinales.
leurs vertus thérapeutiques. Lors de fouilles en Irak, sur
un site vieux de 60 000 ans, des archéologues ont trouvé
dans un tombeau huit plantes médicinales, dont l'éphédra
(Ephedra sinica, p. 97). La présence de plantes en ce lieu
suggère que celles-ci revêtaient une signification
magique autant que médicale.
Certaines civilisations attribuaient une âme aux
plantes. Ainsi, au IV siècle av.J.-C.,Aristote, le grand
philosophe grec, pensait qu'elles avaient une «psyché»,
quoique d'un ordre inférieur à l'âme humaine. Dans la
tradition hindoue, qui remonte au moins à 1500 av.J.-C.,
de nombreuses plantes sont sacrées et associées à des
divinités particulières. Le bael (Aegle marmelos, p. 161),
par exemple, est supposé abriter sous ses branches Shiva,
le dieu de la Santé et de la Destruction.
En Europe, au Moyen Age, selon la théorie dite
«des signatures», un rapport était établi entre l'apparence
d'une plante — la « signature » de Dieu — et son usage
médicinal. Ainsi, les feuilles de la pulmonaire (Pulmonaria
offidnalis, p. 258), qui ressemblent aux tissus des poumons,
servaient à traiter les affections du système respiratoire.
Même dans les cultures occidentales, les croyances
relatives aux esprits des plantes subsistent. Jusqu'au
milieu du XX
e siècle, les agriculteurs britanniques
n'abattaient pas les sureaux noirs (Sambucus nigra, p. 132)
par crainte de provoquer la colère d'Elder Mother,
l'esprit qui vivait dans cet arbre et qui le protégeait.
De la même manière, les peuples originaires des Andes
(Amérique du Sud) croient que le coca (Erythroxylum
coca, p. 206) est protégé par Mania Coca, un esprit que
l'on doit respecter et célébrer à l'époque de la récolte
et chaque fois que l'on se sert des feuilles de coca.
LES MÉDICATIONS DES CHAMANS
Aujourd'hui encore, dans de nombreuses sociétés
traditionnelles, on croit que le monde a été créé par des
esprits, bons et mauvais. On considère que la maladie est
due à l'action des mauvais esprits. Quand un homme
tombe malade, le chaman (homme- ou femme-médecin)
entre en contact avec le monde des esprits afin d'obtenir
sa guérison. Pour pénétrer le royaume des esprits,
ce dernier a recours à des plantes hallucinogènes, telles
que l'ayahuasca (Banisteriopsis caapi, p. 176), en Amazonie,
ou l'amanite tue-mouche (Amanita muscaria), en Sibérie.
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