blement su prendre le virage, si l’on y compare la situation avec celle des pays de même
niveau de développement, à l’exception peutêtre d’une sous-représentation des statistiques et de l’analyse des données. En
revanche, l’enseignement des mathématiques
discrètes, c’est-à-dire portant sur les structures finies, y est toujours aussi discret : très
peu de cursus d’enseignement supérieur
offrent dans ce domaine une formation suffisamment complète.
Récemment, lors d’un colloque consacré
à l’histoire de la géométrie dans la deuxième
moitié du XX
e siècle, Stephen Smale, un mathématicien américain qui fut l’un des pères de
la topologie moderne et qui s’est par la suite
intéressé de très près à l’analyse numérique,
fit une remarque pertinente: aujourd’hui, l’extraordinaire croissance des mathématiques est
aussi assurée par des personnes que les
mathématiciens tendent à ne pas reconnaître
comme faisant partie de leur communauté. Il
est vrai que les statistiques, l’automatique, la
recherche opérationnelle, la théorie du
contrôle sont souvent peu représentées dans
les départements de mathématiques des universités, alors que le cœur de toutes ces disciplines est vraiment mathématique. On pourrait en dire de même d’une bonne partie de
l’informatique théorique : celle-ci entretient,
avec les mathématiques, des liens organiques
dont la profondeur et la force ne sont pas toujours reconnues par les mathématiciens euxmêmes. Cette situation ouvre à la communauté des mathématiciens des possibilités de
croissance considérable, pourvu qu’ils se montrent moins prompts à exclure ces activités
nouvelles de leur champ. Avec plus de curiosité et d’ouverture, il y aura davantage de stimulations et de nouveaux champs d’action,
pour le plus grand bien du développement
des mathématiques elles-mêmes.
La mutation de la profession exige
de nouveaux profils de formation
Une des premières choses à reconnaître
concerne la pratique du métier de mathématicien requise par ces nouveaux contacts, pratique qui ne peut se limiter à prouver des théorèmes. On a aujourd’hui besoin qu’un nombre
suffisant de mathématiciens aux profils très
divers s’intéressent aux applications. Cela exige
qu’ils apprennent à échanger avec des spécialistes d’autres disciplines, en offrant une
écoute d’une qualité suffisante.
Dans diverses structures d’enseignement
supérieur de par le monde, on constate déjà
la mise en place de formations spécialisées,
en mathématiques financières par exemple.
D’autres créneaux, pour lesquels des débouchés importants hors du monde académique
sont apparus, vont certainement voir le jour,
à une échelle adaptée à ces débouchés ; c’est
déjà le cas pour les formations d’actuaires, et
l’on peut anticiper que des formations mixtes
verront le jour à l’interface des mathématiques avec la biologie et la médecine par
exemple.
Laisser proliférer des formations trop spécialisées serait une erreur, pour deux raisons :
l’étroitesse des approches de ce genre d’une
part, et le risque de coupure de la communauté mathématique qu’une telle pratique
présenterait d’autre part. Pour que les étudiants perçoivent de manière plus naturelle
les nouvelles orientations accessibles aux
méthodes mathématiques, des modifications
plus profondes des cursus de formation
devront vraisemblablement être mises en
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