consistant à dénoncer les charmes de l’art qui
ne seraient que tromperie.
Si certains artistes usent de notions élémentaires comme références ou prétextes,
d’autres s’approprient les principes de théories mathématiques dans leurs fondements,
puisant alors à l’essence du raisonnement. Le
peintre Albert Aymé, l’un des exemples les
plus radicaux de plongée dans l’abstraction,
s’appuie sur une démarche analogue à celle
de la recherche mathématique. Rejetant les
mécanismes combinatoires, il développe sa
réflexion dans des traités — Approche d’un
langage spécifique, Sur les paradigmes, etc.
— qui donnent le cadre de son projet pictural : « Je m’efforce d’avancer dans mon travail
avec la rigueur d’un scientifique mais sans me
dissocier pour autant de la passion du poète
ou du musicien ». L’œuvre, au demeurant, peut
se passer du discours et reste « intrinsèquement belle », l’art abstrait n’étant, à son sens,
« pas une affaire de goût mais de méthode ».
Activités humaines, les mathématiques et
les arts sont le fait d’individus plongés dans le
même climat culturel, politique, religieux. Les
grandes ruptures de l’histoire ne laissent aucun
de ces domaines sur le bord du chemin en raison d’interactions qui semblent tributaires de
l’esprit du temps. N’est-ce pas, en effet, à la
lecture des écrits philosophiques de Henri
Poincaré, qui popularise au tournant du
XX e siècle les idées de la géométrie non euclidienne, que les cubistes balayent la perspective traditionnelle ?
Soyons en conscients, toute volonté de
fusion ou d’unification entre mathématiques
et arts serait réductrice et vaine. C’est bien la
connaissance et la curiosité qui permettent
échanges et confrontations dans un abord
propre à chaque forme d’expression.
Constatons seulement avec bonheur que les
mathématiques et les arts jouent ensemble,
encore et toujours, une partition de lumière.
Francine Delmer
Laboratoire Arithmétique et Algorithmique
expérimentale
Université Bordeaux 1, Talence
44
L’explosion des mathématiques
Quelques références :
• E. Valette, La perspective à l’ordre du jour
(L’Harmattan, 2000).
• G. Gheerbrant, « François Morellet », Parachute,
Montréal, n° 10, p. 5 (printemps 1978).
• M. Loi (sous la dir. de), Mathématiques et arts
(Hermann, 1995).
• J.-L. Binet, J. Bernard, M. Bessis (sous la dir.
de), La création vagabonde (Hermann, collection Savoir, 1980).
• V. Hugo, L’art et la science (Anaïs et Actes Sud,
1864/1995).
• M. Sicard (sous la dir. de), Chercheurs ou artistes
(Autrement, série Mutations, n° 158, 1995).
• I. Xenakis, Arts/sciences. Alliages
(Casterman, 1979).
• J.-M. Lévy-Leblond, La pierre de touche - la
science à l'épreuve (Gallimard, 1996).
• J. Mandelbrot, « Les cheveux de la réalité - autoportraits de l’art et de la science », Alliage, 1991.
• D. Boeno, « De l’usage des sections coniques »,
Cahiers art et science, n° 5, pp. 41-54
(Confluences, 1998).
ne seraient que tromperie.
Si certains artistes usent de notions élémentaires comme références ou prétextes,
d’autres s’approprient les principes de théories mathématiques dans leurs fondements,
puisant alors à l’essence du raisonnement. Le
peintre Albert Aymé, l’un des exemples les
plus radicaux de plongée dans l’abstraction,
s’appuie sur une démarche analogue à celle
de la recherche mathématique. Rejetant les
mécanismes combinatoires, il développe sa
réflexion dans des traités — Approche d’un
langage spécifique, Sur les paradigmes, etc.
— qui donnent le cadre de son projet pictural : « Je m’efforce d’avancer dans mon travail
avec la rigueur d’un scientifique mais sans me
dissocier pour autant de la passion du poète
ou du musicien ». L’œuvre, au demeurant, peut
se passer du discours et reste « intrinsèquement belle », l’art abstrait n’étant, à son sens,
« pas une affaire de goût mais de méthode ».
Activités humaines, les mathématiques et
les arts sont le fait d’individus plongés dans le
même climat culturel, politique, religieux. Les
grandes ruptures de l’histoire ne laissent aucun
de ces domaines sur le bord du chemin en raison d’interactions qui semblent tributaires de
l’esprit du temps. N’est-ce pas, en effet, à la
lecture des écrits philosophiques de Henri
Poincaré, qui popularise au tournant du
XX e siècle les idées de la géométrie non euclidienne, que les cubistes balayent la perspective traditionnelle ?
Soyons en conscients, toute volonté de
fusion ou d’unification entre mathématiques
et arts serait réductrice et vaine. C’est bien la
connaissance et la curiosité qui permettent
échanges et confrontations dans un abord
propre à chaque forme d’expression.
Constatons seulement avec bonheur que les
mathématiques et les arts jouent ensemble,
encore et toujours, une partition de lumière.
Francine Delmer
Laboratoire Arithmétique et Algorithmique
expérimentale
Université Bordeaux 1, Talence
44
L’explosion des mathématiques
Quelques références :
• E. Valette, La perspective à l’ordre du jour
(L’Harmattan, 2000).
• G. Gheerbrant, « François Morellet », Parachute,
Montréal, n° 10, p. 5 (printemps 1978).
• M. Loi (sous la dir. de), Mathématiques et arts
(Hermann, 1995).
• J.-L. Binet, J. Bernard, M. Bessis (sous la dir.
de), La création vagabonde (Hermann, collection Savoir, 1980).
• V. Hugo, L’art et la science (Anaïs et Actes Sud,
1864/1995).
• M. Sicard (sous la dir. de), Chercheurs ou artistes
(Autrement, série Mutations, n° 158, 1995).
• I. Xenakis, Arts/sciences. Alliages
(Casterman, 1979).
• J.-M. Lévy-Leblond, La pierre de touche - la
science à l'épreuve (Gallimard, 1996).
• J. Mandelbrot, « Les cheveux de la réalité - autoportraits de l’art et de la science », Alliage, 1991.
• D. Boeno, « De l’usage des sections coniques »,
Cahiers art et science, n° 5, pp. 41-54
(Confluences, 1998).
