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Informatique médicale, e-Santé
un horaire approximatif, ce qui correspond au cas le plus fréquent ; par chance,
c’était effectivement le cas. Il a donc interprété que l’information du plan de
soin était le résultat d’une « mauvaise » saisie de la part du médecin. Il n’a pas
demandé au médecin confirmation et a simplement changé les horaires sur son
plan de soin afin de les adapter à l’organisation du travail des infirmiers du
service, i.e. 8 h 00.
Interprétation des résultats de l’étude
Mis à part les défauts ergonomiques pour lesquels une réingénierie des
interfaces a été entreprise, l’application informatique à elle seule ne soutenait
pas correctement les échanges entre médecins et infirmiers et générait ainsi
des risques d’erreurs médicales. De façon générale, le système transformait
les tâches des acteurs, la distribution des responsabilités et la structuration du
travail coopératif. Cependant, si l’on creuse plus profondément, ces changements des organisations du travail ne sont pas expliqués par le système technique seul. Bien sûr, l’introduction d’un nouveau système dans le travail ne
peut être sans conséquences. Mais les impacts observés s’expliquent avant tout
par l’organisation du travail.
Implémenter un outil qui « taylorise » les tâches de chacun au regard de la tâche
prescrite au sein d’une activité par nature coopérative aura pour conséquence
d’individualiser les tâches. Par exemple, afin d’être en conformité avec la réglementation (traçabilité avec responsabilité de la prescription thérapeutique qui
incombe au médecin et non à l’infirmier), bien souvent lors de l’introduction
d’un système informatisé, les médecins sont contraints de saisir les prescriptions thérapeutiques eux-mêmes. Les infirmiers se trouvent allégés du poids de
la responsabilité en cas d’incident. De ce fait, dans une organisation avec tour
commun, ils peuvent ne plus voir le bénéfice à accompagner le médecin car ils
peuvent avoir l’impression de perdre leur temps puisqu’ils ne manipulent pas le
dossier médical informatisé. Bien souvent, quelques temps après l’introduction
d’un système de prescription informatisé, une organisation du travail avec tour
médical commun se transforme en une organisation où le médecin « tourne »
seul sans infirmier. En conséquence, les infirmiers n’ont plus accès à l’activité du
médecin. De nouvelles erreurs peuvent alors apparaître car ils n’accèderont plus
aux intentions du médecin et pourront par exemple mal interpréter un ordre,
comme présenté dans l’exemple sur les horaires de distribution.
Les infirmiers, s’ils sont exclus d’une bonne partie du circuit du médicament, peuvent devenir simples administrateurs de médicaments sans vision
globale sur l’ensemble du processus, alors qu’ils étaient, avec le tour commun,
présents à chacune des étapes du circuit. Dans une telle organisation excluant
les infirmiers, le contrôle se fait exclusivement par le système informatique
et les différents professionnels se retrouvent avec une vision « tronquée » de
la situation, au regard des tâches assignées. Cette rupture de la coopération
peut engendrer de nouveaux risques d’erreurs, le reste de la boucle demeurant totalement opaque pour les opérateurs, qu’il s’agisse des médecins ou des
infirmiers.
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