Michel Huguier et Pierre-Yves Boëlle, Biostatistiques pour le clinicien
ISBN : 978-2-8178-0463-7, © Springer-Verlag Paris 2013
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Épidémiologie théorique
L’épidémiologie théorique [1] repose sur la modélisation des événements de santé dans des populations. La théorie mathématique des épidémies repose sur le paradigme de la contagion interhumaine. Celle-ci
peut être directe en cas de grippe par exemple. Il est alors possible de
prévoir le nombre de cas dans une population en utilisant le taux de
reproduction de base, c’est-à-dire le nombre de cas secondaires infectés directement par un cas index. Si la contagion se fait par l’intermédiaire d’un hôte vecteur, moustique par exemple en cas de paludisme,
le même type d’approche est possible en prenant en compte le trajet
particulier du pathogène.
Il est ensuite possible de reconstituer, à l’aide d’équations mathématiques ou de simulations sur ordinateur, des dynamiques de
transmission d’agents infectieux, bactériens ou viraux. La théorie
mathématique fournit des trajectoires épidémiques dans le temps et
dans l’espace. Lorsqu’elle repose sur des observations initiales, elle
autorise des simulations de scénarios qu’elle permet d’évaluer. Il est
encore possible de proposer des prédictions qui aident des choix politiques de santé publique, par exemple, la couverture vaccinale minimale à atteindre pour obtenir un niveau de protection suffisant dans
la population, l’âge optimal de la vaccination, l’impact de fermeture
des locaux scolaires, de certains lieux publics ou des aéroports. Ce sont
ainsi des modèles mathématiques qui ont montré l’inutilité de la fermeture des aéroports dans le cas de la grippe H1N1, ce qui aurait eu
de très lourdes conséquences économiques et sociales pour un gain
très faible, voire nul, sur le plan de la santé des populations.
L’exemple de l’épidémie de grippe H1N1 montre cependant la difficulté de ces prévisions initiales. Les premiers modèles ont reposé
sur les observations de cas survenus au Mexique en avril 2009. Ceux
publiés en France par l’Institut de veille sanitaire, en octobre la même
année, estimaient que le nombre de décès pourrait se situer entre
3 000 et 90 000, ce qui était une fourchette très large. En définitive,
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