Le terme "objet", volontairement choisi, désigne obligatoirement chaque élément
d'un ensemble lithique et sous-entend aussi toute matière minérale supposée manipulée,
utilisée par l'homme.
Différentes démarches interviennent dans la manière d'aborder un objet taillé.
Ainsi dans le chapitre 1 ont été évoqués les problèmes touchant à la matière brute selon
sa qualité, son abondance, selon ses formes, qui conditionnent la réalisation d'un outil
définitif.
Dès l'observation des états de surface de l'objet, ou souvent en même temps, on
cherche à identifier son support
(galet, bloc, plaquette, éclat, etc.) Outre les actions
naturelles, la taille peut aussi masquer totalement l'état originel du support : c'est le cas
de toutes les pièces à retouches entièrement bifaciales, du biface à la pointe de flèche,
et des nucléus sur lesquels ne subsiste plus de surface naturelle.
Si nous nous en tenons à la quête des intentions,
la lecture d'un objet de pierre
taillée comporte trois stades.
A une perception première,
contenant en elle-même une hypothèse, fait suite une
série d'observations
aboutissant à une biographie.
Perception -
où la vue joue un rôle largement dominant - et identification
d'ensemble immédiates, quasi simultanées, amènent une reconnaissance globale, parfois
syncrétique. L'identification d'ensemble est d'autant plus rapide que l'observateur
possède une longue habitude, une longue expérience des dialogues pierre
taillée-préhistorien. Elle consiste en un enregistrement quasi inconscient d'une multitude
d'images visuelles et de sensations tactiles, perçues en une fraction de seconde :
silhouette, relief, couleur, jeux de lumière sur les facettes, puis toucher, perception du
volume qu'est l'objet, avec enregistrement immédiat des apparences technologiques et
de leur enchaînement.
Vient ensuite la vérification de Vhypothèse première
avec la mise en train du
décryptage des différents stigmates dans leur ordre chronologique pour découvrir les
intentions successives, réalisées ou ratées.
Un objet taillé est toujours une ronde-bosse
que l'on ne connaît pas totalement
si l'on n'en a pas fait "tout le tour", si on ne l'a pas lu en son entier. Cette lecture ne
peut être indifféremment conduite dans ses observations et ses déductions, un code
ordonne leur succession et il ne peut y en avoir qu'un pour chaque catégorie d'objet
(pièce bifaciale, nucléus, éclat, etc.).
Prenons l'exemple
d'un outil sur éclat.
Fait en apparence paradoxal, la lecture ne peut alors commencer que par la
recherche, la reconnaissance de la face inférieure et de la partie talon-bulbe. Si cette
dernière n'existe plus, il y a lieu d'orienter l'éclat en tenant compte, en dernier ressort,
des "lancettes" (fig. 5), seuls stigmates toujours totalement fiables. C'est la "naissance
du support" qui doit être mise en évidence. En effet, la lecture des événements techniques
antérieurs :
les stigmates de débitage et de préparation sur le nucléus avant le
détachement du support, ne peut se faire que par rapport à la face d'éclatement.
Puis vient la reconnaissance de la retouche,
des événements postérieurs au
débitage du support, la modification de la face inférieure (face d'éclatement) étant la
seule preuve absolue que la pièce a été "re-touchée". Cela se fait, pour les cas complexes,
en débrouillant les séries de retouches, cassures, coches, coup de burin, etc., selon leur
succession dans le temps.
Il y a enfin restructuration mentale
des différents événements, des différents
gestes du tailleur préhistorique (ou des tailleurs dans les cas de pièces à double patine) :
sur le nucléus, au détachement (au débitage), après le détachement. Cette recomposition
chronologique, avec toutes les significations des stigmates visibles et les présomptions
que certains laissent supposer, se fait d'elle-même par déduction, elle deviendra "histoire
de l'outil".
Qu'ensuite une dénomination pseudo-fonctionnelle (burin), morphologique
(limande), géométrique (trapèze), géographique (Levallois) ou anthroponymique
92
Précédent

- 93/201

Suivant