Le hachereau est une des destinations privilégiées des grands éclats Kombewa
dans l'Acheuléen africain (fig. 28). Quelques rares exemples montrent que la méthode
Kombewa, combinée avec la méthode Levallois pour la silhouette de l'éclat, a été
employée pour obtenir des hachereaux de type Tabelbala (éclat Levallois
intentionnellement outrepassé)
64 , la face supérieure étant alors formée en grande partie
par le bombement d'un grand bulbe de percussion au lieu d'être préparé par des
enlèvements prédéterminants.
Il y a "méthode Kombewa" - à l'instar de méthode Levallois - chaque fois qu'il
y a intention nette de prédétermination,
donc de production
d'éclats Kombewa. C'est
le cas pour certaines pièces du moustérien français
65 , pour les "mata'a" (pièces
pédonculées en obsidienne de l'île de Pâques, fig. 49 : 3), certaines pierres à fusil de
Grande-Bretagne ou du Vaucluse en France, ou pierres de tribulum en Espagne par
exemple.
Mais la transformation d'un éclat en pièce bifaciale, voire en nucléus, peut amener
l'enlèvement "fortuit" d'un éclat dans la partie bulbaire. Il n'y a pas alors "méthode
Kombewa" mais "déchet Kombewa".
Enfin certains grands "éclats" provenant d'un esquillement de grand bulbe
peuvent prêter à confusion, mais, dans ce cas, ils n'ont pas de talon. Il s'agit alors
d'esquilles bulbaires, variété d'éclats "parasites".
2.3. Débitag e laminair e
Le débitage laminaire est un débitage organisé, préconçu, afin d'obtenir des
produits en série - les lames ou les lamelles - sur un même nucléus
66
(fig. 9 et 10).
Les lames et les lamelles sont des éclats dont la longueur égale ou dépasse le
double de la largeur selon une convention largement adoptée. Elles sont normalisées
grâce à des nervures, sinon parallèles, tout au moins de directions point trop irrégulières.
Elles peuvent être détachées par toutes les techniques (percussion directe, au percuteur
minéral, en bois animal ou végétal, en métal; percussion indirecte; pression).
La morphologie de quelques "lames" n'est pas suffisante pour diagnostiquer un
débitage laminaire; la présence de stigmates caractéristiques et d'une production
systématique de supports laminaires est nécessaire pour confirmer le diagnostic.
Le débitage laminaire dénommé "classique" parce qu'il a longtemps été assimilé
au débitage de lames par percussion du Paléolithique supérieur est d'une conception
volumétrique très différente du débitage Levallois : d'une part les produits sont
stéréotypés, d'autre part il y a une utilisation possible de la totalité du volume du nucléus
avec une grande liberté dans le choix de la surface de débitage et du plan de détachement.
Si la distinction lame-lamelle-microlamelle est une affaire de dimensions, il a
été démontré que dans de nombreuses provinces préhistoriques, il y avait eu un choix
pour les produits de grandes dimensions, les lames et les produits de petites dimensions,
les lamelles ou microlamelles, en dehors du potentiel de la matière première disponible.
Une analyse statistique des produits laminaires peut discriminer (ou non) les dimensions
pertinentes pour ces catégories et de préciser les sélections réalisées par les préhistoriques.
Des conventions peuvent alors être fixées, elles restent valables à l'intérieur d'une
province préhistorique pour une ou des civilisations données. L'un de nous l'a tenté pour
l'Epipaléolithique du Maghreb
67 . Il est regrettable que, malgré des restrictions formelles
en ce sens, certains auteurs aient cru pouvoir généraliser les limites chiffrées proposées
alors.
L'obtention, à volonté, de produits laminaires peut rarement être menée à bien
sur une matière première de forme naturelle. Le débitage laminaire est en général lié à
une mise en forme du nucléus, à la création de plan(s) de frappe ou de pression et plus
64 Tixier, 1956; Alimen, 1978.
65 Bordes, 1961 et 1975; Geneste, 1985.
66 Economie du débitage laminaire, 1984.
67 Tixier, 1963.
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