Les méthode s d e débitag e
Le débitage, comme tout acte technique de taille de la pierre, s'inscrit dans une
chaîne opératoire pour laquelle on reconnaît un schéma opératoire de taille auquel
préexiste un projet, cela quelles que soient la période et les méthodes considérées.
Toutefois, si l'éventail des techniques de taille de la pierre inventées et réinventées tout
au long de la préhistoire n'a cessé de s'élargir, il existe de grandes différences dans les
modes de conception et de réalisation, qui d'ailleurs n'ont pas nécessairement valeur
chronologique. Pour rendre compte de ces différences, on oppose aux opérations de
débitage complexes (débitage avec prédétermination) un débitage peu élaboré, qui met
en œuvre un schéma conceptuel et un savoir-faire minimaux.
1. Débitag e pe u élabor é
Les éclats sont obtenus sans que leur détachement ait été précédé par une
préparation spéciale du nucléus. Le tailleur choisit chaque fois un endroit où frapper,
en tenant compte de la morphologie de son nucléus, pour qu'un éclat utilisable tel ou
transformable en outil puisse être détaché, et continue son débitage "au fil du nucléus",
pourrait-on dire (fig. 21). La percussion directe est en principe la seule technique
impliquée dans ce type de débitage.
Les nucléus n'ont, dans ce cas, pas de plan de frappe préférentiel, ils tendent
généralement, si le débitage est assez avancé, vers des formes globuleuses. Les éclats
ont des silhouettes et des épaisseurs variées, il n'y a pas de formes stéréotypées.
L'absence de préparation, de mise en forme du nucléus à débiter, entraîne
évidemment la quasi-absence d'éclats caractéristiques, à l'exception d'entame.
C'est le débitage le plus simple imaginable, il n'est donc caractéristique d'aucune
période ou aire géographique ; il peut être réalisé, avec un peu d'entraînement, par toute
personne sachant planter un clou.
Déjà un peu plus élaborés sont les débitages discoïdes. La méthode d'obtention
d'éclats sur des nucléus "discoïdes" indique une certaine prédétermination. Leur
fréquence durant le Paléolithique moyen a fait dénommer ces nucléus "moustériens" ;
terme impropre puisque ce mode de débitage a existé bien avant et bien après le
Moustérien et n'est pas du tout négligeable au Néolithique. Les nucléus ont un contour
généralement circulaire, une section biconvexe dissymétrique : la face la moins bombée
est celle formée par les négatifs d'enlèvements des éclats, l'autre étant souvent corticale
en son centre avec une périphérie formée par les négatifs de préparation des plans de
frappe ou également par du cortex. Le principe est l'enlèvement d'éclats par des
percussions dont les directions sont centripètes. La surface de débitage présente plusieurs
négatifs d'enlèvements à contre-bulbes bien marqués.
Il s'agit d'une méthode de débitage qui nécessite une matière première
suffisamment épaisse; néanmoins les éclats n'ont pas une morphologie standardisée.
2. Débitag e ave c prédéterminatio n
Le dessein est d'obtenir à volonté des éclats de formes définies grâce à une mise
en forme appropriée du nucléus. L'idée maîtresse est bien celle de la production
d'éléments préconçus, souvent standardisés, qu'ils soient programmés uniques ou
multiples.
Chaque méthode de débitage se définit par le schéma spécifique mis en œuvre,
une conception volumétrique du nucléus et les produits obtenus.
Nous commençons seulement à entrevoir le potentiel d'informations que peuvent
nous livrer les différentes conceptions des méthodes de débitage, que ce soit sur le plan
de la gestion de la matière première ou de celle des produits de débitage. Quoi qu'il
en soit, ce sont bien des comportements techniques que nous sommes amenés à observer
à travers les différentes méthodes mises en évidence dans les ensembles lithiques. Celles
abordées sont parmi les plus répandues, les plus caractéristiques ou les mieux identifiées.
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