Le façonnag e bifacia l
Le façonnage bifacial naît en Afrique orientale à la fin de l'Oldowayen, il y a
plus d'un million et demi d'années, et n'a pratiquement jamais cessé ensuite d'être utilisé.
Le biface occupe une très grande place au Paléolithique inférieur. Même s'il n'est pas
omniprésent, il est, parfois avec le hachereau, l'outil dominant de l'Acheuléen. Il reste
très présent au cours du Paléolithique moyen. Par la suite, on voit le façonnage bifacial
apparaître ou disparaître selon les cultures. Ainsi au cours du Paléolithique supérieur
connaît-il une apogée pendant le Solutréen, alors qu'il est ignoré des Magdaléniens. En
revanche, dans d'autres contextes culturels d'Asie, le façonnage bifacial fait partie de
l'équipement technique tout au long du Paléolithique supérieur. A la fin du Mésolithique
et jusqu'à l'apparition du métal, il devient, avec le développement des pointes de
projectile, quasi universel.
1. Méthode s
Si les méthodes utilisées dans le façonnage bifacial offrent des variantes
importantes en fonction des périodes concernées, le concept de base demeure identique.
Ce sont les schémas opératoires, les techniques et les manières de faire qui diffèrent.
Nous décrivons ici les grandes lignes du concept bifacial.
Sans préjuger du mode d'obtention du support (qui peut se faire par débitage
par exemple), le façonnage bifacial comporte deux phases principales : ébauchage et
finition.
• L ébauchage consiste à mettre en place de façon simultanée deux surfaces plus
ou moins convexes de part et d'autre d'un plan d'équilibre bifacial
40
(fig. 11 : A). Ce
terme est préférable à celui de plan de symétrie, car ces deux surfaces - qui délimitent
un contour, matérialisé par une arête - sont loin d'être toujours symétriques, notamment
dans le cas du biface.
• Le travail de finition consiste à régulariser le contour de l'objet en fonction
d'un second plan d'équilibre bilatéral
(fig. 11 : B), perpendiculaire au plan d'équilibre
bifacial. La finition s'apparente à de la retouche, surtout pour les petites pièces faites
sur éclat. C'est ce travail qui donne à l'objet sa morphologie définitive : délinéation des
bords, dégagement d'un pédoncule, d'une soie, d'ailerons, etc.
Une pièce bifaciale peut être faite à partir de n'importe quel support : galet, bloc,
rognon, plaquette, fragment et bien sûr éclat (fig. 8). Plus le volume initial se rapproche
de la morphologie finale souhaitée, moins le travail d'ébauchage est important. Pour une
pièce bifaciale façonnée à partir d'un bloc épais, il faut, avant l'ébauchage proprement
dit, procéder à l'épannelage de ce bloc, qui ôte le cortex s'il y en a, pour approcher la
morphologie souhaitée. Mais pour une pièce bifaciale façonnée sur éclat, la morphologie
désirée peut être obtenue en une ou deux générations d'enlèvements seulement. Certains
Acheuléens ont débité systématiquement de grands éclats courts, larges, légèrement
déjetés pour fabriquer leurs bifaces : le façonnage s'intègre alors dans une chaîne
opératoire plus longue qui comporte à l'amont une séquence de débitage avec
prédétermination pour l'acquisition des supports
41 .
2. Technique s
Les principales techniques de la taille de la pierre ont été appliquées au façonnage
bifacial au fur et à mesure de leur invention ou de leur acquisition par les groupes
40 Texier, 1989; Roche, Texier, 1991.
41 Texier, Roche, 1995b.
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