Ces trois degrés, de même que les tests de traitement par la chaleur (voir infra),
sont présentés dans un tableau (fig. 2) car il nous a paru commode et efficace de résumer
ainsi nos expériences pour l'obtention :
- de pièces foliacées bifaciales par percussion au percuteur tendre ;
- de lames par percussion directe au percuteur tendre ou par percussion indirecte ;
- de lames par pression pectorale à la béquille;
- de retouches parallèles longues par pression.
Ces estimations doivent être modulées.
• Certaines roches peuvent permettre certaines techniques, alors qu'elles ne
donnent pas - ou très peu - de bons résultats pour d'autres techniques.
Exemple : la "sanukite" (variété d'andésite) du Japon permet d'obtenir de très
bons bifaces, voire de bonnes pièces foliacées bifaciales minces. Il est difficile d'en tirer
de bons éclats, presque impossible d'en extraire des lames par percussion.
• De très rares roches demandent à être débitées suivant un "fil".
Exemple : le bois fossile du Tidikelt (Sahara algérien) gagne beaucoup à être
débité dans le sens des veines (les fibres) encore visibles. Les Atériens ne s'en sont pas
privés.
• Certaines parties d'un même bloc de matière première peuvent avoir des
qualités différentes; les zones sous-corticales de certains silex sont parfaitement aptes
pour toutes les techniques alors que le cœur du bloc est médiocre.
En réalité on ne peut parler des aptitudes à la taille d'une roche en général, par
exemple le silex. Il est parfois difficile d'énoncer une opinion péremptoire sur une espèce
régionale : il faut descendre à la variété même du pointement ou du gîte, sauf dans le
cas des terrasses fluviátiles, pour espérer être relativement précis.
Une démarche reste primordiale : on ne doit jamais, devant un problème, préjuger
de la qualité d'une roche taillée par les préhistoriques. Chaque variété de roche, voire
chaque rognon peut, à la limite, être considéré comme un cas particulier. La solution
doit toujours passer par l'expérimentation.
Il ne faut pas confondre les matières premières aptes ou plus aptes à la taille
avec celles dont la lecture des stigmates de taille nous est malaisée.
Exemple : ondulations, lancettes seront bien moins visibles sur un quartzite grenu
que sur un bon silex homogène à grain très fin. L'un et l'autre se taillent pourtant très
bien.
La valeur esthétique, appréciée par notre œil et notre cerveau du XX
e
siècle, est
un autre aspect à manier avec prudence. Un outil est-il beau ou laid, bien ou mal fait,
ou tout simplement façonné selon les seules possiblités de la taille de la roche et apte
à satisfaire les besoins auxquels il est destiné?
Quelques réflexions de tailleur
• L'homogénéité d'une roche est un caractère essentiel pour une bonne aptitude
à la taille. Conséquence directe du manque d'homogénéité : une très belle matière
première peut être rendue intaillable, sauf pour de très petites pièces, par des fissures
ou des impuretés (nodules saccharoïdes ou cristaux de feldspath, bulles, etc.). Les
diaclases et les fissures dues au gel sont d'autant plus gênantes qu'elles sont abondantes
dans un bloc. Elles ne sont pas toujours facilement décelables à l'œil.
• Une roche qui sonne bien, qui tinte clair où que l'on frappe sur le bloc, a
toute chance d'être bonne, en tout cas non gélivée.
• En règle générale plus une matière première est translucide, meilleure elle est,
sauf pour le cristal de roche.
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