Pourquoi?
La technologie s'inscrit dans un courant original de la recherche anthropologique
française, grâce à la voie magistralement ouverte par les travaux d'A. Leroi-Gourhan.
Elle est désormais un courant de recherche à part entière en préhistoire. A.
Leroi-Gourhan
8
qui fut ethnologue puis préhistorien, fit paraître en 1943 ''L'homme et
la matière", premier volume de "Evolution et techniques", que découvrent avec un intérêt
toujours soutenu les nouvelles générations de chercheurs. La finalité de son œuvre fut
la quête de l'homme à travers l'étude des comportements techniques, sociaux ou
symboliques. La rigueur de son enseignement, dispensé au Collège de France pendant
de nombreuses années dans le cadre de la chaire d'Ethnologie préhistorique créée à son
intention, ainsi que sur le chantier de Pincevent, véritable laboratoire de recherche depuis
1964, a singulièrement élargi le champ de la recherche en préhistoire
9,10 .
Une de ses contributions originales fut l'introduction du concept de chaîn e
opératoire
11
qui fonde l'approche de la technologie développée dans cet ouvrage. La
chaîne opératoire, dans l'étude d'une industrie lithique, prend en compte tous les
processus, allant de l'approvisionnement en matière première jusqu'à son abandon, en
passant par toutes les étapes de fabrication et d'utilisation d'un outillage. Elle permet
de structurer l'utilisation des matériaux par l'homme, en resituant chaque objet dans un
contexte technique, et offre un cadre méthodologique à chaque niveau d'interprétation.
Un courant identique dans l'ethnologie française a permis l'émergence d'une "école de
technologie culturelle"
12
qui édite la revue "Techniques et Culture". Cette école a
contribué à réhabiliter l'exploitation de la culture matérielle, en mettant en évidence que
tout fait technique est un fait social ou culturel, et aussi à élargir le champ d'étude du
système technique par la nécessité de prendre en compte toutes les variantes techniques.
Comment?
Une méthodologi e
Les démarches auxquelles nous nous sommes tenus sont intentionnellement
limitées à la technologie appliquée à l'industrie lithique taillée : les questions nouvelles
que se sont posés les préhistoriens-technologues ont engendré de nouvelles voies de
recherche imposant des outils méthodologiques pour les exprimer.
• La notion de système technique
13 : en y intégrant l'industrie lithique taillée
comme sous-système
14 , on comprend aisément combien l'étude de ses techniques peut
enrichir l'histoire d'un groupe préhistorique. L'analyse de l'interdépendance de différents
sous-systèmes permet d'accéder à un nouveau niveau d'inférences : l'industrie lithique
dont les qualités consistent à couper, percer, racler, gratter, etc., répond à un certain
nombre de besoins qui sont nécessairement liés à des activités précises mettant en jeu
d'autres sous-systèmes. C'est en croisant les résultats des différentes analyses des
activités impliquées dans des actions communes que nous enrichissons nos interprétations.
8 Leroi-Gourhan, 1943 et 1964.
9 "Sur le long chemin que doivent encore parcourir les sciences humaines avant qu'elles deviennent
réellement la philosophie, et, donc, avant de pouvoir nourrir réellement la philosophie, André Leroi-Gourhan
est certainement un géant". Cresswell, 1989 : 26.
10 M. Julien (1992) a rédigé une réflexion qui fait le point sur ce sujet.
11 Le terme "chaîne opératoire"
est considéré dans une optique technologique; nous ne donnerons pas une
définition de ce concept, mais tenterons de montrer comment il fonctionne. Il faut noter que cette expression,
la plupart du temps, est utilisée telle quelle dans des articles de langue anglaise.
12 Organisée autour de R. Cresswell.
13 "L'ensemble des techniques forme des industries et des métiers. L'ensemble : techniques, industries et
métiers, forment le système technique d'une société".
Mauss, 1947 : 29.
14 Perlés, 1987 : 22.
14
La technologie s'inscrit dans un courant original de la recherche anthropologique
française, grâce à la voie magistralement ouverte par les travaux d'A. Leroi-Gourhan.
Elle est désormais un courant de recherche à part entière en préhistoire. A.
Leroi-Gourhan
8
qui fut ethnologue puis préhistorien, fit paraître en 1943 ''L'homme et
la matière", premier volume de "Evolution et techniques", que découvrent avec un intérêt
toujours soutenu les nouvelles générations de chercheurs. La finalité de son œuvre fut
la quête de l'homme à travers l'étude des comportements techniques, sociaux ou
symboliques. La rigueur de son enseignement, dispensé au Collège de France pendant
de nombreuses années dans le cadre de la chaire d'Ethnologie préhistorique créée à son
intention, ainsi que sur le chantier de Pincevent, véritable laboratoire de recherche depuis
1964, a singulièrement élargi le champ de la recherche en préhistoire
9,10 .
Une de ses contributions originales fut l'introduction du concept de chaîn e
opératoire
11
qui fonde l'approche de la technologie développée dans cet ouvrage. La
chaîne opératoire, dans l'étude d'une industrie lithique, prend en compte tous les
processus, allant de l'approvisionnement en matière première jusqu'à son abandon, en
passant par toutes les étapes de fabrication et d'utilisation d'un outillage. Elle permet
de structurer l'utilisation des matériaux par l'homme, en resituant chaque objet dans un
contexte technique, et offre un cadre méthodologique à chaque niveau d'interprétation.
Un courant identique dans l'ethnologie française a permis l'émergence d'une "école de
technologie culturelle"
12
qui édite la revue "Techniques et Culture". Cette école a
contribué à réhabiliter l'exploitation de la culture matérielle, en mettant en évidence que
tout fait technique est un fait social ou culturel, et aussi à élargir le champ d'étude du
système technique par la nécessité de prendre en compte toutes les variantes techniques.
Comment?
Une méthodologi e
Les démarches auxquelles nous nous sommes tenus sont intentionnellement
limitées à la technologie appliquée à l'industrie lithique taillée : les questions nouvelles
que se sont posés les préhistoriens-technologues ont engendré de nouvelles voies de
recherche imposant des outils méthodologiques pour les exprimer.
• La notion de système technique
13 : en y intégrant l'industrie lithique taillée
comme sous-système
14 , on comprend aisément combien l'étude de ses techniques peut
enrichir l'histoire d'un groupe préhistorique. L'analyse de l'interdépendance de différents
sous-systèmes permet d'accéder à un nouveau niveau d'inférences : l'industrie lithique
dont les qualités consistent à couper, percer, racler, gratter, etc., répond à un certain
nombre de besoins qui sont nécessairement liés à des activités précises mettant en jeu
d'autres sous-systèmes. C'est en croisant les résultats des différentes analyses des
activités impliquées dans des actions communes que nous enrichissons nos interprétations.
8 Leroi-Gourhan, 1943 et 1964.
9 "Sur le long chemin que doivent encore parcourir les sciences humaines avant qu'elles deviennent
réellement la philosophie, et, donc, avant de pouvoir nourrir réellement la philosophie, André Leroi-Gourhan
est certainement un géant". Cresswell, 1989 : 26.
10 M. Julien (1992) a rédigé une réflexion qui fait le point sur ce sujet.
11 Le terme "chaîne opératoire"
est considéré dans une optique technologique; nous ne donnerons pas une
définition de ce concept, mais tenterons de montrer comment il fonctionne. Il faut noter que cette expression,
la plupart du temps, est utilisée telle quelle dans des articles de langue anglaise.
12 Organisée autour de R. Cresswell.
13 "L'ensemble des techniques forme des industries et des métiers. L'ensemble : techniques, industries et
métiers, forment le système technique d'une société".
Mauss, 1947 : 29.
14 Perlés, 1987 : 22.
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