- quelles relations y a-t-il entre les catégories de produits de débitage suivant les
différents stades de taille (épannelage, mise en forme, phase de début du débitage, plein
débitage, phase finale) et les types d'outils? Autrement dit, quelle est, dans la conception
de l'économie de la matière première, la finalité de chaque opération? On ne peut
répondre facilement à cette question sans effectuer des raccords et des remontages, car
les retouches ont souvent modifié profondément la morphologie des supports;
- les transformations, ravivages, réutilisations de pièces cassées étaient-ils
fréquents, forfuits ou systématiques? Suivant que les tailleurs disposaient de peu ou de
beaucoup de matière première, en étaient-ils avares ou non? Autant d'interrogations
éclairées par les raccords d'outils entre eux ou avec des déchets caractéristiques, entre
fragments du même support, sur un autre support ou sur un nucléus ;
- de combien de blocs ont-ils tiré leur outillage? Quelles ont été les pièces
apportées au campement déjà sous forme d'outils ? On s'aperçoit parfois (et seuls les
remontages peuvent nous renseigner à ce sujet) que deux types de roches, à première
vue très différentes soit par la couleur, soit par le grain, soit par la patine, proviennent
en réalité du même bloc.
Les raccords et remontages qui nécessitent non seulement un lourd investissement
en temps mais aussi une bonne connaissance des techniques de taille, imposent une
observation minutieuse qui affine la lecture technologique.
La recherche systématique de remontages et les nombreux résultats obtenus ces
dernières années ont montré la pertinence et les nouveaux enjeux de cette méthode. Elle
doit être pratiquée en fonction de stratégies de recherche bien définies et de gisements
appropriés.
2. Expérience s d e taill e
L'expérimentation scientifique de la taille des roches dures ne peut avoir pour
but des "reproductions" de belles pièces préhistoriques pour leur exposition dans les
musées ou leur commercialisation. Nous ne parlons donc pas de "réplication" ayant pour
but de copier, mais de démarche scientifique ayant pour but de comprendre.
La taille expérimentale est une démarche analogique qui présente l'avantage de
s'apparenter à une manipulation in vitro. Il semblait, il y a quelques années
87 , possible
de renouveler à l'infini un test expérimental en faisant varier chaque fois un seul
paramètre (position, geste, percuteur, maintien du nucléus ou du support, etc.), ce qui
aurait ouvert directement sur une exploitation statistique : nous pouvions ainsi espérer
aboutir à une plausibilité en accumulant les présomptions qui permettent de valider un
possible. En réalité les paramètres se sont avérés si nombreux et si "fluctuants" que
l'exploitation statistique de l'expérimentation est pratiquement abandonnée.
L'expérimentation doit toujours être menée en fonction des données
archéologiques. Elle ne prétend pas atteindre le tailleur préhistorique mais l'approcher
seulement, car le tailleur moderne n'a plus les mêmes motivations. Néanmoins s'il est
impossible d'estimer le rapport exact être humain/outil des préhistoriques, même pour
Homo sapiens fossilis,
le fait est irréversible, la préhistoire ne peut plus ignorer les
expériences de taille, dont nous présentons les principaux buts.
Des mythes à détruire
L'homme acheuléen taillant et retaillant pendant de longues heures pour obtenir
ses outils ou ses armes. En fait, il ne faut guère plus de quinze minutes pour façonner
un biface au percuteur tendre et quelques dizaines de secondes pour retoucher un racloir.
Des matières premières à tester
Si les sources de matières premières sont connues, il est important de les tester
ou de les faire tester, pour répondre à quelques questions préliminaires et indispensables
87 Tixier, Inizan, Roche, 1980.
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