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II • Océan et continent
terrains qui la composent montrent les effets d’une déformation et d’un
métamorphisme intenses. Les objets géologiques dont ils étaient formés
initialement ont été étirés horizontalement, et sont le plus souvent
séparés les uns des autres par des zones de cisaillement anastomosés et
proches de l’horizontale, qui laissent entre elles des lentilles de terrain
moins déformés et de densité ou de texture différentes. Une telle structure
peut, au moins partiellement, rendre compte du litage et de la réflectivité
observées en sismique. En quelque sorte, le litage serait l’«image sismique»
du fluage de la couche ductile de la croûte continentale, et de l’étirement
horizontal d’objets géologiques réfléchissants (c’est-à-dire renvoyant vers
la surface une partie des ondes acoustiques produites par la sismique, un
peu comme un mur renvoie un écho).
Une autre hypothèse fait appel au magmatisme. Dans les zones de rift
(fusion anhydre) comme dans les zones de subduction (fusion hydratée),
des magmas sont produits par fusion partielle du manteau sous-crustal et
montent vers la surface en raison de leur densité plus faible que celle des
péridotites encaissantes. Parvenus à la base de la croûte, ils rencontrent
un encaissant moins dense, et ont alors tendance à stagner en formant là
des chambres magmatiques en forme de lentilles disposées horizontalement. Leur cristallisation sur place et leur métamorphisme peuvent, à ces
profondeurs, donner naissance à des corps denses réfléchissants. Ainsi, le
litage de la croûte inférieure serait, à l’origine, l’«image sismique» des
produits d’un phénomène magmatique. C’est l’hypothèse du sous-placage
magmatique (en anglais: underplating, un mot usité en français mais
impropre, puisque c’est sous la croûte et non sous la plaque que s’accumulent les produits de la fusion mantellique). Naturellement ces corps
magmatiques mis en place dans ou à la base de la croûte inférieure
peuvent être déformés plastiquement et aplatis après leur mise en place.
Cette hypothèse n’est donc pas contradictoire avec la précédente, qui fait
appel au fluage de la croûte inférieure pour expliquer son litage.
Enfin, un autre caractère de la croûte continentale inférieure, tout à fait
énigmatique celui-ci, est sa conductivité électrique, plus forte que celle de
la croûte supérieure. Pour certains géophysiciens, le responsable est un
film continu de carbone déposé sous forme de graphite sur les minéraux
des roches. Le carbone pourrait provenir du dégazage du manteau qui
libère progressivement le CO 2 qu’il contient ou bien avoir précipité à
différentes époques géologiques sur des plans de subduction. Selon d’autres
hypothèses, la conductivité électrique de la croûte inférieure témoigne de la
présence à ce niveau de fluides conducteurs. Mais actuellement le problème
n’est pas résolu.
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