34
L’AGROÉCOLOGIE : RECHERCHES POUR LA TRANSITION DES FILIÈRES ET DES TERRITOIRES
❚
❚ Le partage d’expériences, moteur de la transition
agroécologique de l’exploitation agricole
La transition agroécologique implique que l’agriculteur mobilise et développe ses capacités
d’apprentissage pour des pratiques mal connues et en rupture avec le régime dominant.
Il conçoit et teste des pratiques alternatives en situation pour en tirer des enseignements
(Chantre et al., 2014). De nouvelles normes et références professionnelles découlent de ces
transformations de pratiques (Meynard et al., 2017). Cela se fait souvent au sein de collectifs, accompagnés ou non de conseillers et/ou d’animateurs (Chantre et al., 2014 ; Coquil
et al., 2014). Ces groupes d’échanges facilitent la créativité, l’apprentissage, la réassurance
face aux incertitudes, la construction de nouveaux référentiels d’action, mais aussi la réflexivité et l’appropriation de nouvelles valeurs (Plumecocq et al., 2018). Ils créent un mode de
production de connaissances fondé sur les échanges entre tous ceux qui produisent des
connaissances jugées pertinentes, y compris, au premier chef, les agriculteurs eux-mêmes.
❚
❚ De l’action collective à la capacité d’action individuelle
Les travaux conduits sur le déverrouillage sociotechnique et l’apprentissage social se sont
focalisés sur la dimension collective de la transition agroécologique. Certains auteurs
pointent désormais la nécessité de travailler sur le passage à l’acte de l’individu qui conduit
à la transformation de l’exploitation. L’aide à la décision par des processus d’optimisation
— approche dominante en sciences agronomiques — ne correspond pas aux besoins d’accompagnement du changement radical et singulier entrepris par les agriculteurs engagés
dans une transition agroécologique. Les concepts de « holon
26 » ou d’« agentivité
27 » ou
les approches relationnelles (Darnhofer et al., 2016) mettent en exergue la capacité d’action vue comme une interaction entre la rationalité de l’acteur et ses valeurs d’une part, et
les opportunités et les résistances offertes par l’environnement d’autre part. Cette capacité d’action s’accompagne d’une capacité adaptative définie comme l’aptitude à concevoir et à mettre en œuvre des adaptations ou des changements et à gérer de nouvelles
situations sans compromettre de futures options (Nelson et al., 2007).
Outre les travaux conduits sur la conversion à l’agriculture biologique, des travaux récents
s’intéressent aux motivations des agriculteurs à s’engager dans la transition agroécologique. Celles-ci apparaissent autant extrinsèques (opportunités liées à une demande du
marché) qu’intrinsèques (volonté de respecter la nature) (Plumecocq et al., 2018). La perception du risque vient moduler ces motivations (Bouttes et al., 2018). En effet, la transition apparaît risquée car incertaine et complexe (Duru et al., 2015). Pour se lancer, les
agriculteurs évaluent les compromis entre les facteurs externes, tels que les exigences
de qualité des produits, les réglementations et les prix, et les exigences internes, telles
que les risques liés aux nouvelles techniques de production (Bouttes et al., 2018).
26. Holon : le fait que quelque chose puisse être à la fois système et sous-système d’un système plus vaste
(Bland et Bell, 2007).
27. Agentivité : capacité d’agir libérée de ce qu’impose la structure qui nous prédétermine (Wilber, 2001).
L’AGROÉCOLOGIE : RECHERCHES POUR LA TRANSITION DES FILIÈRES ET DES TERRITOIRES
❚
❚ Le partage d’expériences, moteur de la transition
agroécologique de l’exploitation agricole
La transition agroécologique implique que l’agriculteur mobilise et développe ses capacités
d’apprentissage pour des pratiques mal connues et en rupture avec le régime dominant.
Il conçoit et teste des pratiques alternatives en situation pour en tirer des enseignements
(Chantre et al., 2014). De nouvelles normes et références professionnelles découlent de ces
transformations de pratiques (Meynard et al., 2017). Cela se fait souvent au sein de collectifs, accompagnés ou non de conseillers et/ou d’animateurs (Chantre et al., 2014 ; Coquil
et al., 2014). Ces groupes d’échanges facilitent la créativité, l’apprentissage, la réassurance
face aux incertitudes, la construction de nouveaux référentiels d’action, mais aussi la réflexivité et l’appropriation de nouvelles valeurs (Plumecocq et al., 2018). Ils créent un mode de
production de connaissances fondé sur les échanges entre tous ceux qui produisent des
connaissances jugées pertinentes, y compris, au premier chef, les agriculteurs eux-mêmes.
❚
❚ De l’action collective à la capacité d’action individuelle
Les travaux conduits sur le déverrouillage sociotechnique et l’apprentissage social se sont
focalisés sur la dimension collective de la transition agroécologique. Certains auteurs
pointent désormais la nécessité de travailler sur le passage à l’acte de l’individu qui conduit
à la transformation de l’exploitation. L’aide à la décision par des processus d’optimisation
— approche dominante en sciences agronomiques — ne correspond pas aux besoins d’accompagnement du changement radical et singulier entrepris par les agriculteurs engagés
dans une transition agroécologique. Les concepts de « holon
26 » ou d’« agentivité
27 » ou
les approches relationnelles (Darnhofer et al., 2016) mettent en exergue la capacité d’action vue comme une interaction entre la rationalité de l’acteur et ses valeurs d’une part, et
les opportunités et les résistances offertes par l’environnement d’autre part. Cette capacité d’action s’accompagne d’une capacité adaptative définie comme l’aptitude à concevoir et à mettre en œuvre des adaptations ou des changements et à gérer de nouvelles
situations sans compromettre de futures options (Nelson et al., 2007).
Outre les travaux conduits sur la conversion à l’agriculture biologique, des travaux récents
s’intéressent aux motivations des agriculteurs à s’engager dans la transition agroécologique. Celles-ci apparaissent autant extrinsèques (opportunités liées à une demande du
marché) qu’intrinsèques (volonté de respecter la nature) (Plumecocq et al., 2018). La perception du risque vient moduler ces motivations (Bouttes et al., 2018). En effet, la transition apparaît risquée car incertaine et complexe (Duru et al., 2015). Pour se lancer, les
agriculteurs évaluent les compromis entre les facteurs externes, tels que les exigences
de qualité des produits, les réglementations et les prix, et les exigences internes, telles
que les risques liés aux nouvelles techniques de production (Bouttes et al., 2018).
26. Holon : le fait que quelque chose puisse être à la fois système et sous-système d’un système plus vaste
(Bland et Bell, 2007).
27. Agentivité : capacité d’agir libérée de ce qu’impose la structure qui nous prédétermine (Wilber, 2001).
