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I. Introduction et contexte
Les invasions biologiques, aux côtés de la pollution, de la destruction des habitats, de la
surexploitation, amplifiés par le changement climatique, sont des moteurs directs de
changement et de perte de biodiversité (Coll et al., 2010 ; Simberloff et al., 2013 ; Katsanevakis
et al., 2014 ; Verma et al., 2020). L'introduction d'espèces non indigènes (ENI) a des impacts
écologiques et économiques dramatiques et profonds et est considérée comme une menace
majeure pour la conservation de la biodiversité (Carlton, 1996 ; Bright, 1998 ; OcchipintiAmbrogi, 2007 ; Diagne et al., 2020 ; IPBES, 2020). Avec l'augmentation continue du nombre
d'espèces, de spécimens et/ou d'individus transportés et la vitesse de ces transports (Zenetos
et al., 2010 ; Seebens et al. 2017), la menace pour la biodiversité que représentent les ENI
(c'est-à-dire les populations introduites par l'homme et en expansion dans des régions en dehors
de leurs aires de répartition passées ou actuelles), est devenue particulièrement préoccupante.
Ce phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il est irréversible à l’échelle humaine et même
géologique (Gravez et al., 2005), tout particulièrement en milieu marin (Boudouresque, 2005).
La mer Méditerranée dans son ensemble, y compris les lagunes méditerranéennes, est l'une
des régions du monde les plus gravement touchées par les invasions biologiques, avec pas
moins de 986 espèces marines signalées comme ENI (Zenetos et al., 2012). Ainsi, sur les 91
espèces exotiques de crustacés décapodes et stomatopodes, recensées en Méditerranée
depuis 1870, 85 auraient une origine anthropique (6 espèces auraient migré) et 18 sont
considérées comme envahissantes dont le Crabe bleu américain qui fait l’objet de ce rapport.
Le Crabe bleu américain, Callinectes sapidus (Rathbun, 1896), amèrement connu comme étant
un grand destructeur, a déjà colonisé plusieurs lagunes méditerranéennes. Les côtes
atlantiques américaines, du sud du Canada au nord de l'Argentine, représentent son aire
géographique d’origine. Callinectes sapidus (étymologiquement « Bon nageur savoureux », de
la traduction anglaise "savory graceful swimmer" ; Churchill, 1919) a une chair délicieuse et
aurait été introduit dans l’est de l’Atlantique, dans le nord et l’est de la Méditerranée et au
Japon, volontairement ou involontairement. Cette espèce invasive inquiète les ostréiculteurs,
les pêcheurs en milieu lagunaire ainsi que les scientifiques. Il est considéré comme l’une des
espèces les plus invasives de Méditerranée (Streftaris & Zenetos, 2006). En effet, ce crustacé
prolifère à grande vitesse. Il possède les potentialités biologiques et physiologiques pour
s’étendre sur tout le pourtour du bassin Méditerranéen. Grâce à une morphologie
caractéristique, il peut parcourir jusqu’à 15 km en une seule journée. Ses pattes ambulatoires
sont aplaties et la cinquième paire a ses derniers segments différenciés en palette natatoire
pour la nage ou l’enfouissement. Il peut également sortir de l'eau et effectuer des
déplacements sur plusieurs dizaines de mètres. C. sapidus est une espèce côtière assimilable
à une espèce catadrome pouvant se rencontrer en eau douce (Churchill, 1919) et pouvant être
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