La plongée
La périlleuse aventure des jeunes tortues
La naissance des tortues marines est un rituel
tout à la fois fascinant et dramatique, particulièrement représentatif de l'impitoyable compétition pour la survie dont la mer est
quotidiennement le théâtre.
Les tortues femelles ne
sont aptes à se reproduire qu'à partir
de l'âge de 10 ans,
et pendant une
dizaine d'années seuleUne jeune
ment. Quand la période
tortue franche.
de la ponte approche,
les tortues entreprennent
le long et pénible voyage qui doit les ramener
à l'endroit exact où, bien des années auparavant, elles sont elles-mêmes sorties de l'œuf.
Guidées par un infaillible instinct de l'orientation qui reste l'un des mystères de la nature
(et que les biologistes n'ont pas encore complètement élucidé), elles traversent l'océan
Une tortue franche déposant ses œufs
sur une plage de Malaisie.
en ligne droite, aussi sûrement que si elles
étaient guidées par une boussole. Des études
récentes ont montré que certaines tortues sont
ainsi revenues à la même plage pendant onze
saisons consécutives - et, dans 90 % des cas, à
moins de 5 km du précédent lieu de ponte.
La ponte, qui a généralement lieu la nuit, est
un processus lent et laborieux. À marée haute,
la tortue sort de l'eau et se repose un instant
sur la plage, tous ses sens en alerte. Quand elle
est sûre qu'aucun danger ne la menace, elle
se hisse jusqu'au sable sec et cherche un
emplacement adéquat pour déposer ses
oeufs; dès qu'elle l'a trouvé, elle commence
par s'enfouir presque complètement dans le
sable, en laissant seulement affleurer le sommet de sa carapace afin d'échapper aux
regards de prédateurs éventuels. Puis elle
creuse avec ses pattes arrière un trou de 25 à
45 cm de profondeur et elle y dépose ses œufs
par paquets successifs (chaque « nid » renferme en moyenne de 100 à 120 œufs).
Six semaines environ après la ponte, les
jeunes tortues, longues de quelques centimètres, sortent des œufs et se dirigent aussitôt
vers la mer, distante parfois de plusieurs cenespèces de méduses et de gastéropodes. C’est de loin
la plus rapide de toutes les tortues marines, en même
temps que la géante du groupe : dépassant parfois les
2 m de longueur et pesant jusqu’à 900 kg, elle est
capable de nager à plus de 20 km/h, ce qui lui permet
d’aller chercher ses proies à des distances considérables. Cette performance est due à la forme fuselée
de son corps, à la longueur de ses pattes, transformées
en véritables rames, mais surtout à sa carapace allégée
(les plaques sont remplacées par de petits os isolés) et
couverte d’une peau robuste, marquée de cinq nervures longitudinales, qui a l’aspect du cuir.
Les tortues marines sont d’ailleurs de taille respectable puisque la plus petite, la tortue olivâtre, atteint
85 cm de longueur et pèse environ 45 kg. La taille des
tortues franches varie de 1,25 à 1,50 m pour un poids
maximal de 275 kg. La caouanne mesure entre 1 m et
1,20 m et pèse en moyenne 160 kg. Enfin, le caret
dépasse rarement 1 m de longueur pour 135 kg au plus.
▼ Une rencontre avec l’un des plus anciens
habitants des mers est toujours mémorable.
taines de mètres, qu'elles ne distinguent pourtant pas : à ce stade,
elles réagissent surtout aux variations d'intensité lumineuse, et
le ciel est toujours un peu plus
clair au-dessus
de l'eau. Cette
Un jeune
traversée de la
caret.
plage les met
déjà en grand danger. En effet, les minuscules
tortues sont la proie toute désignée des prédateurs du rivage : crabes, varans, oiseaux, etc. ;
elles sont également menacées de déshydratation si elles n'atteignent pas la mer avant
que le soleil ne devienne trop brûlant.
Une fois qu'elles ont atteint l'eau, il leur reste
encore à traverser la barre de ressac et à
affronter la violence des vagues pour gagner
le large. Cette deuxième étape n'est pas
moins dangereuse, car les crabes les guettent
encore, sans parler des poissons et des autres
organismes marins carnivores. Enfin arrivées en
haute mer, les petites tortues se laissent porter
par les courants dominants et elles mèneront
une existence pélagique pendant un an ou
deux avant de regagner éventuellement les
eaux littorales. On a calculé que, sur un millier
d'œufs parvenus à éclosion, seules une ou
deux tortues arrivaient au stade adulte.
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