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GÉOCHIMIE MARINE
qui contrôle la formation des nuages. Cependant, le principal puits d’éléments chimiques
est la sédimentation de matière particulaire au fond de l’océan. Les ions sont incorporés à
ces particules sous l’effet de l’activité biologique (synthèse de matière organique, formation
de squelettes et de coquilles pour le calcium et la silice par exemple, formation d’oxydes de
Mn par des bactéries...) ou par des réactions chimiques abiotiques (adsorption d’éléments
chimiques sur des oxydes de Fe ou de Mn, sur des argiles...). Enfin, d’autres éléments sont
piégés directement dans les sédiments (sulfates, pyrite) ou à leur surface dans des nodules de
Mn. Le rôle des particules marines et des sédiments sera détaillé au chapitre 9. Pour chaque
élément, il s’établit un équilibre entre les apports et les pertes qui détermine le stock contenu
dans l’océan.
Comme nous l’avons défini en début de paragraphe, le rythme auquel un élément est
apporté, comme l’efficacité ou la difficulté avec laquelle un élément est éliminé de l’océan,
détermine son temps de résidence. Ce temps de résidence doit être comparé au temps de
mélange de l’océan, c’est-à-dire au temps moyen que met une particule d’eau à faire le circuit
Atlantique-Indien-Pacifique et retour (voir chapitre 10), et qui est de l’ordre de 1 000 ans.
Les temps de résidence des ions majeurs se comptent en millions ou en dizaines de millions
d’années. Ils sont donc très longs par rapport au temps de mélange de l’océan. Les ions
chimiquement assez inertes sont donc très bien « mélangés » dans l’océan. Voilà pourquoi
les constituants de la salinité sont en proportions constantes dans l’océan. C’est parce que
les ions majeurs sont très inertes chimiquement que la salinité permet de tracer les masses
d’eau : elle n’est pas modifiée par les réactions chimiques ou biologiques dans l’océan. La
salinité est donc, comme la température, un traceur conservatif qui ne peut être modifié que
par mélange quand une masse d’eau est isolée de la surface.
Une histoire qui ne manque pas de sel...
L océan contient de nombreux sels, et c’est entre autres en évaporant l’eau de mer qu’on extrait
notre sel de cuisine.
D après la mythologie nordique, le sel des océans serait issu d’un moulin à sel, situé au fond des
mers. Les Anciens pensaient pour leur part que le sel des océans venait du naufrage d’un navire
marchand transportant de vastes quantités d’amphores de sel. En fait, ce sel de l’océan est un
honorable vieillard, car cela fait très longtemps qu’il est présent dans l’eau de mer. Il provient
de 1 érosion des continents qui apporte - via des rivières au goût pourtant peu salé - de l’ordre
de 3,6 gigatonnes de sel à 1 océan par an, ce qui dépasse largement les capacités d’un navire
marchand . Sa concentration reste néanmoins stable, car une partie des constituants du sel
disparaît aussi tous les ans : par exemple dans les marais salants, où il est exploité.
En effet, 1 homme a absolument besoin de sel pour son alimentation et, avant l’avènement des
réfrigérateurs, pour la conservation des aliments. D’où l’instauration d’un impôt, la gabelle
(.mot d’origine arabe kabalà), qui signifie « taxe », basée en France sur la circulation du sel.
Pendant quatre siècles et demi (du milieu du xiv* siècle aux lendemains de la Révolution),
la gabelle du sel fut appliquée dans le royaume de France. Le roi était considéré comme le
GÉOCHIMIE MARINE
qui contrôle la formation des nuages. Cependant, le principal puits d’éléments chimiques
est la sédimentation de matière particulaire au fond de l’océan. Les ions sont incorporés à
ces particules sous l’effet de l’activité biologique (synthèse de matière organique, formation
de squelettes et de coquilles pour le calcium et la silice par exemple, formation d’oxydes de
Mn par des bactéries...) ou par des réactions chimiques abiotiques (adsorption d’éléments
chimiques sur des oxydes de Fe ou de Mn, sur des argiles...). Enfin, d’autres éléments sont
piégés directement dans les sédiments (sulfates, pyrite) ou à leur surface dans des nodules de
Mn. Le rôle des particules marines et des sédiments sera détaillé au chapitre 9. Pour chaque
élément, il s’établit un équilibre entre les apports et les pertes qui détermine le stock contenu
dans l’océan.
Comme nous l’avons défini en début de paragraphe, le rythme auquel un élément est
apporté, comme l’efficacité ou la difficulté avec laquelle un élément est éliminé de l’océan,
détermine son temps de résidence. Ce temps de résidence doit être comparé au temps de
mélange de l’océan, c’est-à-dire au temps moyen que met une particule d’eau à faire le circuit
Atlantique-Indien-Pacifique et retour (voir chapitre 10), et qui est de l’ordre de 1 000 ans.
Les temps de résidence des ions majeurs se comptent en millions ou en dizaines de millions
d’années. Ils sont donc très longs par rapport au temps de mélange de l’océan. Les ions
chimiquement assez inertes sont donc très bien « mélangés » dans l’océan. Voilà pourquoi
les constituants de la salinité sont en proportions constantes dans l’océan. C’est parce que
les ions majeurs sont très inertes chimiquement que la salinité permet de tracer les masses
d’eau : elle n’est pas modifiée par les réactions chimiques ou biologiques dans l’océan. La
salinité est donc, comme la température, un traceur conservatif qui ne peut être modifié que
par mélange quand une masse d’eau est isolée de la surface.
Une histoire qui ne manque pas de sel...
L océan contient de nombreux sels, et c’est entre autres en évaporant l’eau de mer qu’on extrait
notre sel de cuisine.
D après la mythologie nordique, le sel des océans serait issu d’un moulin à sel, situé au fond des
mers. Les Anciens pensaient pour leur part que le sel des océans venait du naufrage d’un navire
marchand transportant de vastes quantités d’amphores de sel. En fait, ce sel de l’océan est un
honorable vieillard, car cela fait très longtemps qu’il est présent dans l’eau de mer. Il provient
de 1 érosion des continents qui apporte - via des rivières au goût pourtant peu salé - de l’ordre
de 3,6 gigatonnes de sel à 1 océan par an, ce qui dépasse largement les capacités d’un navire
marchand . Sa concentration reste néanmoins stable, car une partie des constituants du sel
disparaît aussi tous les ans : par exemple dans les marais salants, où il est exploité.
En effet, 1 homme a absolument besoin de sel pour son alimentation et, avant l’avènement des
réfrigérateurs, pour la conservation des aliments. D’où l’instauration d’un impôt, la gabelle
(.mot d’origine arabe kabalà), qui signifie « taxe », basée en France sur la circulation du sel.
Pendant quatre siècles et demi (du milieu du xiv* siècle aux lendemains de la Révolution),
la gabelle du sel fut appliquée dans le royaume de France. Le roi était considéré comme le
