78 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
où elles sautent hors de l’eau. Yves Orner y est pourtant parvenu parce qu’il
avait entendu dire qu’une manta sautait toujours trois fois de suite. Cette
fois ce n’est pas une légende et il a réussi à photographier le troisième bond
ayant fait son cadrage d’après les deux premiers.
Les amours des otaries
Les otaries sont particulièrement nombreuses aux Galapagos et en
allant de leurs rochers à la mer, elles suivent toujours le même chemin si
bien qu’elles ont usé la pierre et tracé des sentiers qu’on distingue nettement
sur la noirceur de la lave.
Mais en pleine mer, j’ai assisté à bord de la Calypso à un spectacle
unique qui me fait encore rêver. A 50 kilomètres au large, nous avons repéré
une troupe considérable d’otaries — un millier au moins — qui nageaient
en formation régulière et sautaient hors de l’eau, exactement comme des
dauphins.
Il y a maintenant trente-neuf ans que je parcours les mers et je n’ai
jamais rien vu de semblable. Quelle était la raison d’un pareil rassemblement et surtout d’une telle agitation ? J’ai fait stopper la Calypso et j’ai
demandé aussitôt aux plongeurs de se mêler à cette foule. Les cinéastes
partent immédiatement eux aussi. Nous ne tardons pas à comprendre ce
qui se passe.
Nous sommes les premiers hommes qui aient jamais assisté à la cérémonie des fiançailles chez les otaries. Chaque année, elles vont en masse
en pleine mer et se choisissent un compagnon pour la nouvelle saison. Les
jeunes mâles courtisent les femelles qui font mine de se dérober. Ce sont
des préliminaires amoureux où les corps onduleux se frôlent avec grâce,
se poursuivent et s’évitent au cœur de la mer. C’est aussi une fête collective,
une fête du désir comme l’antiquité païenne a pu en connaître. Ici la grâce
animale se rehausse d’une extraordinaire tendresse presque humaine.
Une autre rencontre extraordinaire que nous avons faite est celle d’un
immense requin-baleine qui devait atteindre plus de 12 mètres de long.
C’est un animal extrêmement rare que nous avions déjà vu et photographié
en plongée dans l’océan Indien. Mais aux Galapagos son apparition était
plus extraordinaire encore. C’est en effet entre la Calypso même et la côte
de l’île Hood qu’il s’est faufilé. Je crois qu’il est exceptionnel qu’un requinbaleine vienne si près d’un bateau et dans si peu d’eau. Il est passé à un
mètres de la Calypso, par 15 mètres de fond seulement. Aussitôt l’alerte a
été lancée. Un zodiac a été mis à l’eau à toute allure, mais il était trop tard :
l’animal s’était déjà éloigné de sa nage puissante.
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