A TRAVERS LES ILES ENCHANTEES 75
L’île de Genovesa a l’aspect d’un cratère égueulé et ses parois sont à
pic. L’intérieur du cratère est un grand cirque au fond duquel dort un lac
bleu. C’est l’île des frégates. Elles y vivent en très grand nombre et nous
avons pu les photographier tout à loisir ainsi que les fous* à pattes rouges
et les fous à pattes bleues.
Une autre île très belle est le rocher Gordon en forme de pain de
sucre et dont la base est percée, dans l’eau, par de multiples trous comme
pourrait l’être un pigeonnier. C’est l’œuvre des oursins. Nous y avons fait
beaucoup de plongées, car l’eau y est très claire. Michel Deloire est descendu filmer jusqu’à 65 mètres de fond.
A Baltra se trouve l’unique aérodrome de l’archipel. C’est là que je suis
arrivé pour prendre la direction de l’expédition et mesurer l’ampleur du
travail déjà accompli par toutes nos équipes.
Entre Baltra et Santa Cruz il existe un chenal peu profond et très
étroit où la Calypso n’avait qu’un mètre d’eau sous la quille. Je comprends
alors à quel point la navigation est difficile dans tout l’archipel à cause des
courants. Mais c’est dans ce canal de Baltra que se situe une falaise constituée par les formations volcaniques les plus impressionnantes qu’il m’ait
été donné de voir : de longs tuyaux d’orgues à section hexagonale en roches
basaltiques qui évoquent les nervures de piliers de cathédrale gothique. Dans
la lueur mystérieuse de l’eau profonde, c’est un spectacle grandiose.
Les orgues volcaniques sont les premières et les seules que j’ai vues
dans la mer. En surface la falaise ressemble à une mosaïque d’hexagones.
Et sous l’eau ces coulées de lave deviennent des colonnes. Ce décor se
termine sur un magnifique tapis de sable.
C’est dans ce canal de Baltra que nous avons pu assister, comme ce
fut le cas en mer Rouge, au nettoyage des grands poissons par des petits
qui se sont spécialisés dans ce travail. La richesse en poissons de roche de
toute espèce est très grande dans ces eaux des Galâpagos. C’est peut-être
ce qui explique que nous avons découvert un spectacle que la mer Rouge
elle-même, pourtant grouillante de vie, ne nous avait jamais offert : à l’une
de ces stations-service où opéraient les petits fissilabrus qui débarrassaient
les grands poissons de leurs parasites, il y avait véritablement la queue
comme à l’entrée d’un cinéma. Bien alignés, tous les poissons attendaient
leur tour.
L’eau était très claire dans le chenal et l’on y voyait fréquemment
défiler les raies mantas. Certaines étaient immenses. Elles avancent dans
l’eau ouvrant une gueule dont la forme fait penser à celle d’un réacteur
d’avion. Deux appendices charnus s’agitent de chaque côté de la bouche et
elles ondulent majestueusement. Elles vont très vite et pourtant elles donnent
L’île de Genovesa a l’aspect d’un cratère égueulé et ses parois sont à
pic. L’intérieur du cratère est un grand cirque au fond duquel dort un lac
bleu. C’est l’île des frégates. Elles y vivent en très grand nombre et nous
avons pu les photographier tout à loisir ainsi que les fous* à pattes rouges
et les fous à pattes bleues.
Une autre île très belle est le rocher Gordon en forme de pain de
sucre et dont la base est percée, dans l’eau, par de multiples trous comme
pourrait l’être un pigeonnier. C’est l’œuvre des oursins. Nous y avons fait
beaucoup de plongées, car l’eau y est très claire. Michel Deloire est descendu filmer jusqu’à 65 mètres de fond.
A Baltra se trouve l’unique aérodrome de l’archipel. C’est là que je suis
arrivé pour prendre la direction de l’expédition et mesurer l’ampleur du
travail déjà accompli par toutes nos équipes.
Entre Baltra et Santa Cruz il existe un chenal peu profond et très
étroit où la Calypso n’avait qu’un mètre d’eau sous la quille. Je comprends
alors à quel point la navigation est difficile dans tout l’archipel à cause des
courants. Mais c’est dans ce canal de Baltra que se situe une falaise constituée par les formations volcaniques les plus impressionnantes qu’il m’ait
été donné de voir : de longs tuyaux d’orgues à section hexagonale en roches
basaltiques qui évoquent les nervures de piliers de cathédrale gothique. Dans
la lueur mystérieuse de l’eau profonde, c’est un spectacle grandiose.
Les orgues volcaniques sont les premières et les seules que j’ai vues
dans la mer. En surface la falaise ressemble à une mosaïque d’hexagones.
Et sous l’eau ces coulées de lave deviennent des colonnes. Ce décor se
termine sur un magnifique tapis de sable.
C’est dans ce canal de Baltra que nous avons pu assister, comme ce
fut le cas en mer Rouge, au nettoyage des grands poissons par des petits
qui se sont spécialisés dans ce travail. La richesse en poissons de roche de
toute espèce est très grande dans ces eaux des Galâpagos. C’est peut-être
ce qui explique que nous avons découvert un spectacle que la mer Rouge
elle-même, pourtant grouillante de vie, ne nous avait jamais offert : à l’une
de ces stations-service où opéraient les petits fissilabrus qui débarrassaient
les grands poissons de leurs parasites, il y avait véritablement la queue
comme à l’entrée d’un cinéma. Bien alignés, tous les poissons attendaient
leur tour.
L’eau était très claire dans le chenal et l’on y voyait fréquemment
défiler les raies mantas. Certaines étaient immenses. Elles avancent dans
l’eau ouvrant une gueule dont la forme fait penser à celle d’un réacteur
d’avion. Deux appendices charnus s’agitent de chaque côté de la bouche et
elles ondulent majestueusement. Elles vont très vite et pourtant elles donnent
